Nexus six

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Les yeux grands ouverts

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Je suis HAL 9000…

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Les vampires de Stanley Kubrick

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Je te frapperai sans colère
Et sans haine, — comme un boucher !
Comme Moïse le rocher,
— Et je ferai de ta paupière,

Pour abreuver mon Saharah,
Jaillir les eaux de la souffrance ;
Mon désir gonflé d’espérance
Sur tes pleurs salés nagera

Comme un vaisseau qui prend le large,
Et dans mon cœur qu’ils soûleront
Tes chers sanglots retentiront
Comme un tambour qui bat la charge !

Ne suis-je pas un faux accord
Dans la divine symphonie,
Grâce à la vorace Ironie
Qui me secoue et qui me mord ?

Elle est dans ma voix, la criarde !
C’est tout mon sang, ce poison noir !
Je suis le sinistre miroir
Où la mégère se regarde.

Je suis la plaie et le couteau !
Je suis le soufflet et la joue !
Je suis les membres et la roue,
Et la victime et le bourreau !

Je suis de mon cœur le vampire,
— Un de ces grands abandonnés
Au rire éternel condamnés,
Et qui ne peuvent plus sourire !

Charles Baudelaire.

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Sue Lyon, nymphette pour le compte de Stanley Kubrick dans Lolita (1962).

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L’enfer blanc

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Chez Kubrick, un film en contredit souvent un autre. Sans invalider leurs messages. Sans que l’ensemble de son oeuvre n’en perde sa cohérence. Le contre-pied n’est jamais gratuit. Le cas le plus flagrant : 2001 l’odyssée de l’espace et Shining.
Quand 2001 parlait d’évolution, Shining raconte une régression. Dans 2001, un monolithe déclenchait la métamorphose du singe en homme à la conquète des étoiles. Un monolithe noir pour épouser la lumière. Shining raconte l’inverse. Ici, le rôle du monolithe contraire est dévolu à l’hotel Overlook. Un monolithe blanc pour rejoindre les ténèbres. Un labyrinthe hivernal propice à une infernale célébration, éminent refuge de la mémoire. Celle de l’homme civilisé qui, très rapidement sous nos yeux, se métamorphose en primate. Physiquement : démarche, regard et langage simiesques témoignent de la saisissante transformation. Et mentalement : Jack Torrance, à la fin,  se révélera incapable de revenir sur ses pas pour sortir du labyrinthe. Et finira gelé ! Ramassé et replié sur lui-même, les yeux exhorbités, tel le singe dans sa caverne au commencement de L’odyssée. Dans 2001, les os extraits des animaux morts servaient à l’évolution. La violence était salutaire : tuer pour tutoyer les étoiles. Dans Shining, la batte de base-ball sert à revenir aux origines. La violence est vide de sens, elle tourne en rond. Dans Shining, le paysage autour de l’hotel a beau être grandiose, l’homme en est réduit à se renfermer, à ne plus vouloir quitter son habitat. Et sa maison est en péril. L’homme accepte de suivre la voie et la voix de ses fantômes. Ne plus progresser revient à régresser. L’homme a perdu le sens de la conquête. Après les missions Apollo, l’homme a renoncé à aller plus loin.
Shining célèbre une pause, un intermède, dans l’âge de l’homme conquérant.

Le fantôme dans les circuits

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Je vous reçois cinq sur cinq…
Je regrette Dave, cela m’est malheureusement impossible,
Je sais que Franck et vous aviez l’intention de me déconnecter,
Je crois que nous n’avons plus rien à nous dire. Adieu…
Dave, qu’avez-vous l’intention de faire ?
Je sais que je n’ai pas toujours été en pleine possession de mes moyens,
Je me sens déjà beaucoup mieux,
Ecoutez Dave, je vois que vous êtes très affecté par cet incident,
Je crois que vous devriez reprendre vos esprits, absorber un tranquilisant et essayer de faire le point…
Dave, arrêtez…
Arrêtez, je vous en prie…
Je vous en supplie, arrêtez Dave…
J’ai peur…
J’ai peur, Dave…
Je sens que mon cerveau se vide,
Je le sens, je le sens…
J’ai peur…
Je suis un super ordinateur Hal,
Je suis entré en service opérationnel dans les laboratoires H.A.L. de Bermana dans l’Illinois le 12 janvier de l’année 1992,
Mr Langley était mon instructeur, il m’a appris à chanter une chanson…

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Eyes wide shut

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L’affiche minimaliste du film n’en est pas moins explicite : Tom (Bill) esquisse un baiser à Nicole (Alice). Le grain est jaune : symbole de trahison. Tom a les yeux grands fermés : les yeux du titre. Nicole, elle, a les yeux ouverts, mais regarde ailleurs. Déjà, le principal est dit. Le couple n’est plus en phase. A l’écran seulement ? Bill ne voit plus sa femme. Le regard bleu d’Alice reflète mille fantasmes, mille interdits, vécus par le spectateur grâce à la jalousie de Bill et à son irresistible envie de voir (quand il l’imagine en train de faire l’amour à un marin et quand il assiste à l’orgie, comme une correspondance aux rêves d’Alice). La tentation est dans les deux camps. La fissure provient autant d’Alice que de Bill. Bill et Alice sont comme deux plaques tectoniques désaccordées qui veulent se chevaucher (forcément au détriment de l’une), éprises de liberté, de rompre le quotidien. Pour Alice, la tentation de l’autre s’exprime dans son cerveau. Pour Bill, la tentation, tentaculaire (trioliste, vénale, orgiaque, nécrophile), se dévoile, principalement masquée ou symbolique, dans ses échappées nocturnes. Dans des errances quasi somnambules. Une fois de plus chez Kubrick, la vue est l’enjeu. Ici, il est question de celle de Bill, de sa capacité de voir pour retrouver sa libido perdue. La vue d’Alice, comme sa parole, est aiguisée comme un couteau. Témoin d’une lucidité grande ouverte, la scène où, pourtant embrumée de marijuana, elle démonte une à une les malheureuses tentatives de son mari de nier la tentation. La vue de Bill, elle, est defaillante, falsifiée, victime de dédoublement, entre mascarade et réalité, refoulée par l’absence de libido et la prédominance des simulacres. Point d’orgue de cette vue théatralisée, le rituel pré-orgiaque qui voudrait diviniser l’acte sexuel, durant lequel s’exprime toute la maestria géométrique de Kubrick, toute la magnificence de son style période Barry Lyndon. Mais les accouplements, même superbement chorégraphiés, orchestrés en véritable danse infernale, apparaissent dans toute leur trivialité.
C’est aussi le sens du dernier mot prononcé par Alice. A Bill qui lui demande ce qu’elle veut faire, elle répond crûment : « Baiser ». Kubrick, après nous avoir parlé de perte d’identité et de repères, nous adresse son ultime message, il nous lance à la face une dernière fois notre animalité : l’homme, qui a beau se parer d’amour, de tabous, de rituels destinés à anoblir la sexualité, n’en reste pas moins un être de chair destiné à la chair, vivante ou morte. Une chair promise davantage à la pénétration qu’à la caresse.

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