Nexus six

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L’adversaire

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Dire de L’adversaire qu’il raconte l’obsession première de son auteur : voir, entendre, sentir et goûter à nouveau son enfance perdue, pour retrouver sa pureté et son innocence, pour garder son âme farouche et rebelle. Par où la geste poétique et onirique passe aussi nécessairement. Le cinéma de Satyajit Ray est voué à retrouver l’odeur envoûtante du frangipanier au pied duquel il se réfugiait pour révasser et se prélasser, à pouvoir retrouver la lumière tendre et authentique d’un paradis immaculé duquel il s’est exilé, à en retrouver ses bruits et ses charmes.
Dire aussi de L’adversaire qu’il met en scène, brillamment, deux autres thèmes chers à Satyajit Ray : la peur de l’enfermement, donc de la ville, et la peur de perdre son identité indienne. Vécues par le héros du film, Siddharta, dont l’obsession est d’entendre à nouveau le chant d’un oiseau, qui, jamais, ne pourra chanter le même refrain enchanté dans une cage d’un marché de Calcutta (figurant du même coup le sort de l’homme qui ne peut reproduire le même refrain dans une ville où, encagé, il est soumis à la promiscuité de ses contemporains), et de retrouver l’âme insoumise d’une soeur vendue à la ville et bientôt à l’occident.
Dire encore que Satyajit Ray, dans son emploi des flashbacks, fulgurants et pertinents, filme de sublimes haikus.
Dire enfin que Satyajit Ray, précellent à filmer des jeunes femmes et des jeunes filles en fleurs, l’est aussi à filmer de suprêmes échappées, celle notamment où, dans un beau moment suspendu, on voit les deux tourtereaux, du haut d’un building, s’évader de la foule grouillante de Calcutta. Ainsi que dans sa manière éminemment poétique de conclure un film.

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Des trains et Apu

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Le cinéma est né avec un train. Filmer des trains pour mieux filmer les hommes, c’est ainsi que Naruse, Ozu, Melville, dans un registre forcément différent, étaient passés maître dans l’art d’associer les deux. Naruse et Ozu, pour filmer des tourments et des solitudes au féminin. Melville, pour filmer des hommes en quête de liberté (Le cercle rouge, Le deuxième souffle). D’autres cinéastes, autant de mobiles. Leone, pour filmer avec mélancolie la conquète de l’Ouest. Spielberg, pour filmer l’horreur nazie. Renoir, pour évoquer des pulsions homicides à envergure encore humaine. Ratnam, et avant lui (en beaucoup plus frigide et donc avec beaucoup moins de talent), Hitchcock, pour filmer des ébats sexuels (Dil se, La mort aux trousses). Le plus grand de ces cinéastes ferroviaires, l’un des plus grands tout court, est Satyajit Ray, immense poète et immense humaniste (on ne le dira jamais assez), pour qui la vie d’Apu, le héros de sa trilogie, se conjugue au rythme des wagons et des locomotives. Un dragon en fer qui crache sa fumée noire au milieu d’une campagne et d’une végégation immaculée, fantasmagorique et mythologique, à peine aperçu, dans le premier opus La complainte du sentier pour évoquer l’enfance rêveuse et aventureuse de son héros. Un moyen de locomotion pour le conduire à la ville et à ses études, dans le second opus L’invaincu, pour évoquer son adolescence et son avidité de connaissances du monde moderne, qui le contraindra à quitter sa mère. Enfin, un moyen pour en finir dans le dernier opus Le monde d’Apu, pour mieux filmer la cruauté de l’âge adulte. Le génie du cinéaste indien nous vaut des scènes à chaque fois chargées d’émotion contenue et de pudeur à pleurer. Un train qui fait le bonheur et le malheur de la mère d’Apu, un train qu’Apu rate exprès pour faire plaisir à sa mère, un train qu’il prend trop tard pour pouvoir la revoir encore en vie, un train qu’il ne prend pas à temps pour assister à l’accouchement funeste de son épouse, un train qu’il préfère finalement frôler au lieu de s’y abandonner. Frôler la tête baissée, l’âme dévastée.

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Dans le sombre chemin d’un rêve
j’ai cherché celle que j’aimais dans une vie antérieure.
Sa maison était située au bout d’une rue désolée.
Dans la brise du soir
son paon favori sommeillait sur son perchoir
et les pigeons étaient silencieux dans leur coin.
Elle posa sa lampe sur le seuil
et se tint debout devant moi.
Elle leva ses grands yeux vers moi
et en silence demanda : “Êtes-vous bien, mon ami ?”
Des larmes brillèrent dans ses yeux.
Elle me tendit sa main droite.
Je la pris et demeurai silencieux.
Notre lampe vacilla dans la brise du soir
et s’éteignit.

Rabindranâth Tagore, Le jardinier d’amour.

La complainte du sentier

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Des mains qui réchauffent un corps transi, des mains charnelles et nourricières, une main gauche chapardeuse, une main droite qui repose en paix.
Dans La complainte du sentier, l’immense réalisateur indien Satyajit Ray accorde aux mains des personnages une première importance. Jusqu’à leur faire incarner une âme en partance. Dans un geste éminemment poétique et poignant.

Paresseuse, pourquoi t’entêtes-tu à attendre la pluie ?

La journée s’achève. L’eau du saint étang s’assombrit. Le ciel a trop bu et gronde son ennui. Les araignées d’eau s’affolent à l’annonce de la grosse averse et les nuages noirs menacent également la quiétude de ton foyer.
Qu’attends-tu, jeune fille, pour rentrer à la maison ?

Paresseuse, pourquoi restes-tu là à danser sous la pluie ?

Paresseuse

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Paresseuse, pourquoi restes-tu là à jouer avec tes bracelets ?
Remplis ta cruche, il est temps pour toi de rentrer à la maison.

Paresseuse, pourquoi de tes mains agites-tu l’eau,
tandis que ton regard capricieux s’amuse à chercher
quelqu’un sur la route.
Remplis ta cruche et rentre à la maison.

La matinée s’achève. L’eau sombre s’épanche.
Les vagues paresseuses rient et chuchotent entre elles
en jouant.
Les nuages errants s’amoncellent à l’horizon sur les collines lointaines.
Ils s’attardent paresseusement à regarder ton visage
et s’amusent à lui sourire.
Remplis ta cruche et rentre à la maison.

Rabindranâth Tagore, Le jardinier d’amour.

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