Nexus six

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Inglourious Basterds

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Vous, je sais pas, mais moi, je suis pas descendu de ma montagne, je me suis pas tapé 5000 km d’océan et la moitié de la Sicile, j’ai pas sauté d’un avion pour donner aux nazis une leçon d’humanité.

Aimer le dernier Tarantino se nourrit du sentiment indéfectible que son cinéma n’est pas « du cinéma ». D’une foi infaillible qu’il n’est pas feint, ni vain. Qu’il a une volonté et une conscience propre. Celle de (se) faire jouir, et de donner un cachet de plus en plus exutoire à ses histoires.  Jusqu’à vouloir, avec Inglourious Basterds, venger un génocide en jouant à l’apache, et en donnant à la pellicule de cinéma le pouvoir d’exercer ladite vengeance. Jusqu’à échafauder la chute fantasmée d’un régime de folie, en l’occurence la chute du IIIème reich dans un cinoche, non ce qu’elle fut donc, mais ce qu’elle aurait du être : le résultat d’une vengeance identitaire, personnelle, intime. Jusqu’à parvenir à filmer la douleur, l’enfer et l’abîme. Que toutes les citations de Tarantino ne lui servent ni à trahir ni à s’approprier le bien d’autrui pour berlurer les cinéphages en herbe. Car Inglourious Basterds est aussi un flagrant et violent démenti à tous ceux qui voient en Tarantino un faussaire, un usurpateur, un abuseur, un compilateur. Car voyez-vous, la volonté dont il est question dans Inglourious Basterds s’appelle de la rage. Et la rage n’est jamais calculée. Que ceux ayant qualifié Tarantino de crétin et clamé la mort du cinéma avec les années 60 devraient ravaler leurs paroles en tremblant devant la cavale désespérée de Shosanna, devant sa chute, ou durant sa vengeance d’outre-tombe. Que le dialogue au début du métrage entre le colonel SS (génial Christoph Waltz) et le fermier français n’a pas vocation à asséner au spectateur le goût de Tarantino pour le lait ou à nous livrer sa fable du rat et de l’écureuil, mais bel et bien à nous offrir un monument à la gloire du cinéma, un moment de tension indélébile. Que les larmes de Perrier Lapadite ne sont pas de crocodile, mais bel et bien celles d’un homme déchiré qui doit sacrifier une famille pour sauver la sienne, que la mise en scène de la fuite de Shosanna n’est pas seulement un hommage à Sergio Leone et à John Ford, mais figure, avec une intensité inouie, toutes les évasions à la barbarie, nazie ou autre. Qu’à l’inverse la confrontation en italien entre le colonel SS et Aldo l’apache est à mourir de rire. Qu’embraser un cinéma, autrement dit un lieu sacré pour Tarantino et nous autres, ne sert pas seulement à l’histoire, à retourner l’horreur et le feu à l’envoyeur, à exercer une vengeance posthume (la plus sensationnelle jamais filmée), à dépolluer un lieu souillé, à mettre en scène une déclaration d’amour  fou d’un artiste envers son art, mais réifie aussi un affranchissement total, celui d’un cinéaste qui revendique la toute puissance du cinéma et clame haut et fort que son cinéma ne doit son ampleur dantesque qu’à lui-même. Oui, Quentin, il s’agit bien là de ton chef d’oeuvre.

Oui, Shosanna.

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Welcome to Hell and burn. Have a fucking bad trip, mother fuckers…

Je suis Shosanna.

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Pulp Fiction

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N’en déplaise aux tarantinophobes, en réalisant sa fiction pulpeuse, l’ami Quentin n’a eu de prétention que de faire son cinéma, rien que son cinéma. Si Travolta, en revêtant l’armure de McQueen dans Guet-Apens, semble issu de la mythologie du film noir américain, et si Uma, en revêtant celle d’Anna Karina dans Vivre sa vie, semble issue de la nouvelle vague française, Vincent Vega et Mia Wallace n’appartiennent qu’à Tarantino. Autrement dit, si certains ingrédients sont importés, la recette, elle, n’est pas la même, de sorte qu’elle délivre un goût unique, un goût flamboyant et jouissif, celui d’un milkshake ou de pancakes succulents, celui d’un Martin et Lewis ou d’un Big Kahuna Burger alléchants.
Pulp Fiction, c’est Mia qui danse en solo sur un poignant « Girl, you’ll be a woman soon », et qui danse avec Vincent un twist entré dans la légende du cinéma ; c’est aussi l’histoire d’une montre et de ses aventures déchirantes ; c’est Butch qui, le sourire en coin, se déclare sous-estimé après sa confrontation avec Vincent, et qui retrouve Marsellus sur son chemin quelques mètres plus loin ; c’est Marsellus Wallace le chef de gang respecté qui se fait enculer par un flic pervers et Butch qui vole au secours de son derrière, un katana de Gosha à la main ; c’est Vincent ressuscité qui range son flingue dans son short et qui, un instant auparavant, le visage aspergé du sang et de la cervelle de Marvin, déclarait : « j’ai pas fait exprès, c’est parti tout seul ». Tout un symbole du cinéma ludique de Tarantino qui, outre une distorsion temporelle créée pour accroître le plaisir du spectateur, provoque aussi une explosion multi-sensorielle dont le feu d’artifice se déroule au Jackrabbit’ Slim, lieu magique et décor de cinéma sensationnel (déjà mythique). Le paradis de Tarantino, selon Tarantino, qui y convoque ses nombreuses icônes, ses nombreux fantômes.
Pulp Fiction, c’est un croisement inédit entre Tex Avery (les « résurrections » de Mia et Vincent en soulignent la parenté) et la série noire, illustré par le pop’art.

I shoot Marvin in the face…

Pulp Fiction, c’est le pied intégral.

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Le grand duel

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Salope… tu n’as pas d’avenir.

Et le serpent des montagnes de Californie est une salope de première, la plus vicieuse et la plus venimeuse des vipères assassines. Elle Driver n’a pas d’avenir mais surtout aucun passé. C’est le mal incarné. Un puits sans fond. Lui ôter ses orbites n’était donc pas pure coquetterie « wu xia pian » de la part de Tarantino. Elle qui ne renvoyait aucun reflet devait être chatiée là où çà fait mal. Là où elle avait péché.

O-Ren

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Si Tarantino avait inclus dans son film le rap de RZA « Ode to O-Ren Ishii », la face de Kill Bill vol. 1 en eut été sans doute changé. Tarantino, on le sait, est passé maître dans l’art de créer des icônes, de telle sorte que chacun de ses personnages pourrait être l’objet d’un film à lui. Et O-Ren Ishii plus que n’importe quel autre. Plus que Bill lui-même. Le parcours d’o-Ren est suffisamment tragique et maléfique pour cela. A voir le tétanisant segment animé retraçant le sauvage assassinat de ses parents et sa sanguine vengeance, puis la fin très mélancolique que lui a accordé Tarantino (signe d’un attachement évident pour le personnage), on ne peut qu’en être convaincu. Seulement, voilà, Kill Bill appartient à Beatrix Kiddo. A personne d’autre. La vengeance que figure le titre est celle d’une seule héroïne. Tarantino, en bon stratège, ne pouvait se permettre d’accorder un trop plein d’O-Ren Ishii à son volume 1. Et le rap fondamental conçu par RZA a sans doute dépassé l’attente de QT. QT qui, au lieu de commander des musiques originales par peur d’être déçu, a l’habitude d’emprunter les scores de ses films fétiches pour les coller à ses personnages et à ses films. Ainsi, on n’entendra jamais dans Kill Bill le rap de RZA. Soit 2 minutes et 10 secondes terrassantes d’intensité émotionnelle. En associant seulement sa trame musicale (sans les magnifiques paroles consacrées à O-Ren) à Beatrix confrontée à son infirmier violeur, Tarantino détourne sa commande de son sens premier pour en faire un monument de suspense collé à sa seule héroïne.

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Kill Bill

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Ceux qui sont encore en vie, profitez-en pour le rester, tirez-vous ! Mais laissez les membres que vous avez perdus. Désormais, ils m’appartiennent.

Si Uma, à cet instant, apparaît tel un spectre du soleil levant (voix d’outre-tombe, armure nappée du sang de ses ennemis), Black Mamba, qui vient d’envoyer en enfer 88 yakuzas, rejoint les icônes du cinéma d’exploitation japonais, du loup solitaire à l’enfant (la contre-plongée souligne une même invincibilité) aux figures tragiques et vengeresses des Lady Snowblood et des Scorpion.
Si l’ombre de Kwai Chang Caine poursuit Bill à travers son acteur, David Carradine, et par contre-coup le volume 2, les fantômes de Yuki et Sasori hantent le volume 1. Mais hanter n’est pas vampiriser. Car Uma n’est pas Meiko, car « Flower of carnage » appartient désormais autant à Kill Bill qu’à Blizzard from the Netherworld, car cette élégiaque chanson épouse tout autant le destin d’O-Ren Ishii et la quête de la Mariée.
Quand, un instant plus tôt, le visage de Black Mamba se confond avec celui, tuméfié, de la Mariée, et que Beatrix Kiddo demande des comptes à Cotton Mouth, elle rejoint les figures mythiques du western spaghetti, celle de l’orphelin vengeur de La mort était au rendez-vous, celle de l’homme à l’harmonica d’Il était une fois dans l’Ouest. Mais la partition de Morricone adopte le seul point de vue de la Mariée, car le regard azuré d’Uma n’est pas celui en acier de Law et Bronson.
Entre temps, Black Mamba a rugi, a ravagé, jouant du katana en jouant les acrobates, comme Gene Kelly jouait à l’épée dans Les trois mousquetaires, en dansant.
Quand Black Mamba et California Mountain Snake se font face, prêtes à charger avec leur katana, le duel leonien épouse ceux des yakuzas eiga, se prolonge dans un corps à corps de Gosha, et se termine par une mutilation estampillée wu xia pian. De leur fusion et leur alchimie, naît un style nouveau, celui de Tarantino, intense et serré, car le duel entre les deux vipères assassines n’appartient qu’à lui, car il rejoint celui, mythique, entre le bon, la brute et le truand, car le duel est grandiose, tout en se déroulant dans un espace restreint, car Tarantino est surtout un grand magicien et un grand créateur de fantasmes.
Quand Beatrix applique sur Bill la technique du coeur explosé par la paume à cinq pointes, que Bill se lève et s’éloigne pour s’effondrer cinq pas plus loin, l’art de Tarantino atteint son apogée, car Uma et David entrent alors dans la légende du cinéma, car les c(h)oeurs de Morricone désormais ne sont plus seulement dédiés à Navajo Joe, car le nôtre s’emballe pour la lionne qui a retrouvé son petit.
Comme ses aînés nippons, chinois et italiens, Kill Bill est un film qui a de la gueule, du coeur et des tripes. Son carburant est identique : le sang. Un sang sensuel et flamboyant.

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Girl, you’ll be a woman soon

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Fétichisme du regard, Uma, dans le rôle de Mia, consacre celui de Tarantino. Au fantasme du réalisateur de devenir à son tour celui, inoubliable, du spectateur…

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