Nexus six

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Le sixième sens

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Qui, comme Michael Mann, raconte des histoires de solitudes, raconte forcément des désirs d’étreinte, donc le désir farouche et irrépressible de sentir gonflés un coeur désert(é) ou inassouvi et le coeur d’autrui, fut-il déjà épris et fut-il dans la peur et la mort. Qui raconte des désirs de coeurs gonflés peut raconter aussi des histoires de tueurs et de chasseurs.
Le sixième sens raconte ainsi des obsessions contraires, celles en premier lieu d’un chasseur qui pour capturer un tueur se projette dans son esprit torturé tout en essayant de conserver son intégrité, celles du tueur ensuite qui tue pour partager une intimité (l’intimité d’une famille en l’occurence) et qui, tout en aspirant à l’invisibilité (en aveuglant ses proies, ou ne laissant pas « voir » les traits disgrâcieux de son visage), rêve d’étreindre les étoiles (des étoiles en poster dans sa tanière et qu’il associe à ses victimes), celles enfin du spectateur qui, fasciné (donc dérangé), se prête à l’expérience en pénétrant et le cerveau du serial killer et celui du profiler. A preuve la scène où Dragon rouge invite une aveugle à caresser un tigre endormi et à s’enivrer des battements de son coeur (l’invitant en réalité à écouter son coeur à lui), Michael Mann nous oblige avec une grande subtilité à partager l’ivresse pacifique de Dollarhyde, avant de partager devant un lit d’étoiles sa première expérience charnelle dénuée de violence.

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Public Enemies

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Où est-ce que tu vas ?

On peut dire du dernier Michael Mann qu’il est né du désir de voir un gangster légendaire pleurer son lagon perdu et de voir un flic dur à cuire exécuter sa dernière volonté. De voir un lagon pleurer son écueil. Et vice-versa. De voir aussi des flics et des truands échappés de l’univers noir de James Ellroy se livrer une guerre sans merci, des flics et des truands qui n’oublient pas de mourir les yeux ouverts en crachant leur dernier souffle. De filmer des ombres fuyantes jouer à cache cache dans un bois au clair de lune, à déchirer sa nuit haute définition avec des sulfateuses. D’associer les dix millions d’esclaves d’Otis Taylor à la rebellion et aux évasions du prince des voleurs John Dillinger. Un John Dillinger qui n’est pas le remake mélancolique de McCauley, qui a déjà trouvé son lagon. Un John Dillinger qui a brisé ses chaînes pour les briser aux banques et à Hoover. Après que les banques soient devenues les raisins de la colère de millions d’Américains. Avant qu’Hoover ne place les Etats Unis d’Amérique sur écoute. Avant qu’Hoover ne les brise à Michael Mann. Avant qu’il ne devienne son ennemi intime et secrètement l’ennemi public de l’Amérique. Au rythme à la fois langoureux et effréné de la magnifique chanson et guitare d’Otis, désormais hymne à Dillinger, le cinéma radicalement triste de Mann vient de contracter aussi la grande fièvre. Celle des grandes cavales, celle des grandes chasses à l’homme. Généreux, il vient également de nous offrir ses deux plus belles signatures : les larmes d’un jaguar, les larmes d’une franco-indienne. D’autant plus précieuses que les larmes chez Michael Mann étaient jusqu’à présent une denrée quasi melvillienne, très rare.
Le dernier né de Michael Mann, nouvelle éloge de la nuit, beau comme un astre, est beau à couper le souffle, beau à pleurer. D’ailleurs, Billie m’a fait pleurer.

Bye Bye, Blackbird.


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Miami Vice

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C’est bien mal connaître le cinéma de Michael Mann que d’avoir attendu de Miami Vice un théorème d’action explosif évoluant dans le cadre d’une intrigue et d’une narration formatées et confortables. L’histoire, la mission undercover de deux flics à Miami et dans les bouges de Port-au-Prince ou d’Amérique latine, avec une échappée récréative et nostalgique à Cuba, n’est pas au coeur du projet. Les aventures de Sonny Crockett et Ricardo Tubbs servent en réalité de carburant à Michael Mann pour parvenir à son véritable dessein, clair comme de l’eau de roche : tendre à l’élégie, à la mélancolie, au sensationnel (au sens noble) à chaque instant du film, chaque plan, chaque regard, chaque geste, chaque gunfight. En un mot, tendre à l’épure. Combler le regard, l’oreille et l’âme du spectateur. Effets de loupe, visages irradiés par les néons d’une autoroute, par surexposition solaire ou lunaire, ciel nuiteux incandescent, caméra filmant au ras du sol, vues aériennes splendides (sur des chutes belles à couper le souffle), survols magiques (de Miami, de Colombie), scores planants ou enveloppants, techno-rap excitant, salsas cubaines intenses et entraînantes, arrêt sur l’image de deux mains qui se retrouvent, sont là pour faire ressentir au plus près, jusqu’à l’extase, les errances des personnages, la fièvre qui les anime, la mort qui les appelle, la vie qui les (ré)unit. On pense souvent à Soy Cuba dans cette façon qu’a Michael Mann de filmer en apesanteur et de célébrer la Vie. Complicité des sourires et des regards, complicité des attentions et des hochements de menton, danses séductrices et amoureuses lors d’une escale à La Havane, ou dans une boîte de nuit de Colombie, rappellent aussi combien Mann est un cinéaste de la sensualité, à l’instar du grand Delmer Daves. Les séquences romantiques à La Havane (havre de paix mais aussi havre d’un passé révolu) ont le même pouvoir et le même intérêt que les premières minutes de 3h10 pour Yuma dans le saloon. A l’image des moments intimes de Ben Wade et Emmy, ceux de Sonny et Isabella, magnifiques (holà chica ; holà chico) et touchants de franchise, sont la respiration du film, ses battements de coeur, davantage que les gunfights.
Aussi tétanisantes soient les fusillades, les temps forts de Miami Vice sont dans ses moments suspendus. Le plus beau d’entre eux montre des enfants courir dans la rue à l’arrière plan d’Isabella qui, dans un bar de La Havane, s’offre à Sonny en lui décochant la plus douce des caresses et en lui délivrant le plus tendre des sourires.

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Holà chica

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La nuit s’achève sur Miami. Le fracas des armes et le fracas des âmes se sont tus. Le fracas des corps aussi. Juste avant que la nuit ne s’oublie, encore à contre-courant du monde, par-delà le monde, loin du monde, Sonny et Isabella échangent une dernière caresse, un dernier baiser, un dernier regard. Face à l’océan houleux, Sonny le flic dit adieu à Isabella le vice, et réintègre le courant, en retournant vers les siens. Vers Ricardo. Sonny et Max réintègrent le monde aux premières lueurs du jour. Miami Vice et Collateral s’achèvent à l’aube.
La nuit, orageuse et douloureuse, électrique et fièvreuse, fut traversée par deux ondes contraires, Sonny et Isabella. Contraires au mouvement du monde. Durant une brève échappée. Sur les terres cubaines où les jours et les nuits, à l’image des corps, fébriles et fragiles, denses et intenses, se déroulent hors du temps. Où la vie ne se reflète pas sur un écran espion mais sur le visage ensoleillé d’Isabella. Où la vie ne se projette pas sur des écrans géants high tech, mais dans les yeux et le sourire amoureux de la chica. Où la vie ne se mesure pas en kilomètres seconde, mais dans l’air du temps. Où elle ne se calcule pas dans l’urgence du moment, dans une boîte de nuit ou dans une limousine, mais s’épanouit dans un lit serein ou sous une douche irradiée. Où l’âme ne se revèle pas sur une bande vide d’autoroute, où seule la mort y a un sens, mais dans des ruelles encore foulées, encore animées par des rires d’enfants. Où elle ne se dévoile pas dans d’immaculées villas, vides de passé, vides d’avenir, mais dans de blanches casas ou de jaunes cafés, chargés de souvenirs, chargés de vie. Où la musique, joyeuse et sensuelle, à ciel ouvert, épouse la volonté d’ivresse des corps et des esprits, au lieu de vouloir les exciter dans la frénétique sonorité. Où le fracas des coeurs n’est pas dicté par les saillies automatiques et la blanche explosion, où les coeurs battent et s’emballent en concert et dans l’harmonie. Plus que jamais vivants. C’était trop beau pour durer.

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Collateral

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Max est chauffeur de taxi. Vincent est tueur à gage. Vincent ressemble à un loup. Un loup gris. Max rêve des Maldives. Vincent ne rêve plus à rien, depuis longtemps. Au début, Max échange son rêve, sa carte postale des Maldives, avec la carte de visite d’une jolie cliente, autre paradis possible.
Une nuit, Vincent loue les services de Max. Max ne comprend pas tout de suite quand un type explose son pare-brise et le toit de son taxi : çà va, mec ? Cette nuit-là, on a commandé cinq courses à Vincent. Cette nuit-là, Max et Vincent vont même croiser des coyotes. Des vrais. Même que les yeux de ces coyotes brillent dans les phares du taxi. Même que pour la première fois on voit aussi une lueur dans ceux de Vincent. Reconnaissance des siens ? Beauté de l’apparition ? Beaucoup des deux sans doute. Des loups d’Amérique venus du désert perdus dans la ville, perdus dans la ville des lumières, perdus dans Los Angeles. La ville de Mann.
Au dernier arrêt, Max veut en finir et envoie son taxi sur le toit. Vincent quitte Max sans en finir avec lui, Max poursuit Vincent pour l’empecher de tuer son paradis.
Et Vincent de terminer son existence comme Batty le Nexus six terminait la sienne. Devant sa proie, la tête baissée. Et de comprendre le prix de l’existence, en la terminant.

Taxi Driver

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Max : Alors tu es quoi ?
Vincent : Au milieu d’un milliard d’étoiles, un point sur l’une d’entre elle. On est perdus dans l’espace. Le flic, toi, moi, qui nous remarque ?
Max : Qu’est-ce que tu as ? Si quelqu’un te pointe avec son arme et te dis : « dis-moi ce que ce type pense, ou je te tue. Qu’est-ce qui l’anime ? A quoi pense t-il ? » Tu ne pourrais pas répondre, n’est-ce pas ? Je pense que tu vas mal, l’ami. Très mal. Tu es qui ? Un de ces types élevés par l’institution ? Il y a quelqu’un là-dedans ? Tout ce que les gens sont censés avoir en eux, toi tu ne l’as pas. Et pourquoi tu ne m’as pas encore tué ?
Vincent : Sur tous les taxis de L.A, je devais tomber sur Max, Freud et Dr Ruth. Regarde-toi, serviettes en papier, taxi nickel, un beau projet… Un jour ? « Un jour, mon rêve viendra » ? Une nuit, tu te réveilleras, et tu verras que tu n’as rien fait… D’un coup, tu seras vieux… Tu le retarderas sans cesse, et tu finiras par l’oublier… C’est comme cette fille, tu n’oses même pas l’appeler. Qu’est-ce que tu fous à conduire ton taxi ?
Max : J’ai essayé de m’en sortir mais c’était perdu d’avance.
Vincent : Ralentis.
Max : J’aurais pu le faire à n’importe quel moment.
Vincent : Le feu est rouge.
Max : Mais tu sais quoi ? Il y a du nouveau. çà n’a plus d’importance. Pourquoi cela en aurait-il ? On n’est rien du tout, perdus au milieu de nulle part. La quatrième dimension, mon cul ! Dixit le psychopathe à l’arrière… Quelle importance ? Aucune, rien à foutre. Qu’est-ce qu’on a à perdre, hein ?
Vincent : Ralentis.
Max : Pourquoi ? Tu vas tirer ? Tu vas tirer et nous tuer ?
… Vas-y alors ! Tire-moi dessus !
Vincent : Ralentis.
Max : Tu sais quoi, Vincent ? Va te faire foutre !

Véritable épicentre du film, la séquence ne libère pas seulement le personnage de Max, elle traduit toute l’ambivalence de Mann. Et de son cinéma. Détaché du monde, acéré dans sa perception. Le cinéma de Mann est fait de vues affutées et d’images troubles ou déformées, reflets de l’état des âmes, reflets d’âmes en quête d’un autre part, voire d’évaporation. Le regard de Mann, mélancolique et néanmoins perçant, se confond avec celui de ce coyote brillant dans les phares du taxi de Max.
Bien plus qu’un dialogue entre deux personnages contraires (l’un a une âme en quête d’ailleurs, l’autre l’a perdu en cours de route et ne trouve aucun intérêt à en avoir une), on assiste surtout au monologue d’un cinéaste sur la condition humaine. Sur sa condition.
Vertigineux, en ce que l’on peut percevoir que Max et Vincent sont en réalité les deux faces de Michael Mann. Un rêveur et un expert dans le langage du monde. Un taxi driver pour qui la ville de Los Angeles n’a forcément plus de secrets mais dont la tête est pleine de lagons et un expert dans les technologies de son temps. Un nostalgique d’un paradis révolu imaginaire et un professionnel bien ancré dans son époque. Il est primordial de comprendre que le second est au service du premier, et non l’inverse. Que le second n’a jamais pris l’ascendant sur le premier. Un virtuose de l’image, un psychopathe de sa mise en forme, pour mieux radiographier les âmes, ainsi pourrait-on définir Michael Mann.
Vertigineux, en ce que beaucoup peuvent se retrouver dans ce monologue. En ce que Max, en envoyant son taxi sur le toit, s’il avait pour dessein d’arrêter Vincent, ratifiait aussi le premier acte d’une nouvelle existence. En finir avec le cauchemar, pas avec les Maldives, même quand au final elles auront le visage d’Annie. En ce que Mann nous dit finalement à travers ces paroles tellement intenses et lourdes de sens que la dépression n’est pas exclusive de la lucidité.
A provoquer la lucidité de Max, la dépression de Vincent pour la première fois était salutaire.

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