Nexus six

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Les déserts de John Ford

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Dire aussi que les plus beaux Ford parlent de séparations, de déracinements, d’exils. De retrait pour le personnage de John Wayne dans La prisonnière du désert. Le cinéma de John Ford est fait de soustractions, donc de douleurs, celui de son ami Howard Hawks est fait d’additions, donc d’excitations.
Dire encore que The Searchers raconte comment, depuis le seuil d’une maison, île d’humanité au milieu d’un grand nulle part ou du grand Tout, oasis de vie au milieu d’une mer de silences et de splendeurs immobiles, on regarde un cavalier partir, puis revenir. Et inversement.

« La dernière fois que je suis allé le voir, nous nous sommes dit au revoir. Puis je suis sorti et je me suis arrêté pour parler à sa fille, et il a crié : « Howard est-il déjà parti ? ». Elle a répondu que non. « Je veux le voir ! » Il m’a lancé : « Je veux te dire au revoir. » Je l’ai quitté à nouveau. Il a encore crié : « Est-il toujours là ? » Et il a ajouté : « Je veux te dire adieu. » Alors j’ai appelé Duke Wayne. « Duke », lui ai-je dit, « tu ferais mieux d’y aller. Je crois qu’il va mourir. » Duke a pris un hélicoptère et il y est allé, et le jour suivant il est mort… » : Howard Hawks à propos de John Ford, Hawks par Hawks, Joseph Mc Bride.

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L’immortel, ce joyau,
se vante, non de ses longues années,
mais de l’éclat lumineux d’un instant.

Rabindranâth Tagore, Les lucioles.

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La prisonnière du désert

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Quelle est la beauté première du cinéma de John Ford ? Un désir d’étreinte. Avec un être cher trop tôt arraché. Bien souvent, avec une épouse trop tôt enfouie. Autrement dit, avec le ciel. Quelle est celle de La prisonnière du désert ? Le désir d’étreinte d’une petite fille avec sa poupée trop tôt retirée, entre une jeune fille perdue et un oncle qui, s’il n’avait prêté serment, aurait pu être son père. Le titre original le sous-entend, l’action de chercher n’implique pas forcément la réussite de trouver, et la quête vaut autant que la réussite. Au-delà de la recherche de la jeune Debbie enlevée par des Comanches, au-delà du sommet plastique de l’oeuvre, John Ford entreprend une quête qui transcende l’histoire de la famille Edwards, l’histoire de son pays via la conquête de l’Ouest, l’histoire des hommes tout court. Une quête qu’il connait bien pour s’y être frotté à de nombreuses reprises. Jamais aussi intensément, et avec autant d’accomplissement. Une quête de paix et d’éternité. Une quête d’absolu donc. L’éternité de John Ford dans The Searchers ? Un désir d’étreinte entre le ciel et les buttes rocheuses de Monument Valley, formellement et pleinement assouvi quand John Wayne/Ethan Edwards soulève Nathalie Wood/Debbie pour la porter jusqu’au ciel. Et nous avec. Avant de l’étreindre. Au lieu de tuer, John Wayne serre dans ses bras. Le cosmos vient de retrouver son harmonie. Sa paix intime. Une colère qui s’évanouit revêt toujours un caractère divin. John Ford n’est jamais allé aussi loin. John Wayne non plus. A de rares exceptions près, nous n’avons jamais été porté aussi haut. Ni emporté avec autant de force.

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Les nuages de John Ford

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Nuages, collines de vapeur,
collines, nuages de pierre,
désir d’étreinte
qui se poursuit dans le rêve du temps.

Rabindranâth Tagore, Les lucioles.

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Les deux cavaliers

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Depuis peu elle m’appelle « Gus », j’ai d’abord cru qu’elle avait quelque chose de coincé entre les dents mais ça venait de plus loin. Elle a parlé mariage.
(Non ! C’est affreux, mariage !) …
Elle porte un stylet dans la jarretière.
(Je sais).
Comment le sais-tu ?
(Tu viens de me le dire)…
Elle s’y est prise en me demandant pourquoi je me contentais de 10 % de ses revenus alors qu’elle m’en offrait la moitié. Je touche 10 % de tout à Tascosa.
(Quel escroc !)
ça fait partie du boulot de marshall. Je ne peux pas vivre avec la paie d’un marshall : 100 dollars par mois.
(C’est 20 de plus que moi).
Je sais mais bon regarde-toi ! Tu te satisfais de peu. Moi, je suis un peu plus exigent.

« Cinquante ans dans ce putain de métier et j’arrive à quoi ? Diriger deux moumoutes sourdingues ! »

Le port de la moumoute peut changer la face d’un film. James Stewart et Richard Widmark, dans Les deux cavaliers, sont chargés de ramener dans leur foyer des Blancs capturés par des Comanches. Au lieu de çà, au lieu de tourner un remake de La prisonnière du désert, ils passent leur temps à boire des bières et à fumer des cigares, à jouer les pipelettes au bord d’une rivière pour discuter mariage et savoir qui a le plus gros salaire, à échanger des captifs rétifs en livrant des winchesters à un remake light du chef Comanche Scar, à finalement convoler, pour le grand échassier, avec une ex-squaw aux yeux de jais. Après avoir dire merde aux abrutis qui refusaient de danser avec la belle.
James Stewart en fait des tonnes parce ce que sa moumoute le rend sourd et que Ford n’est pas disposé à lui gueuler dessus pour le diriger. Ford pense à autre chose. Il pense à son ami Ward qui vient de mourir.
5 ans séparent Les deux cavaliers de La prisonnière du désert. Le lait millésimé de 56 a tourné en whisky « Big Jack » 1961. Un whisky drôle et tragique qui dit beaucoup sur John Ford, à son corps défendant. Un John Ford déprimé qui ne contrôle plus grand chose et révèle encore davantage sur lui-même. « C’est la pire merde que j’ai tourné depuis vingt ans », dira le cinéaste à propos des Deux Cavaliers. 1h44 de pire merde de John Ford vaut bien les 2 heures de son chef d’oeuvre absolu qu’est La prisonnière du désert.

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Les cavaliers de John Ford

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A quoi songeaient les deux cavaliers…

La nuit était fort noire et la forêt très-sombre.
Hermann à mes côtés me paraissait une ombre.
Nos chevaux galopaient. A la garde de Dieu !
Les nuages du ciel ressemblaient à des marbres.
Les étoiles volaient dans les branches des arbres
Comme un essaim d’oiseaux de feu.

Je suis plein de regrets. Brisé par la souffrance,
L’esprit profond d’Hermann est vide d’espérance.
Je suis plein de regrets. O mes amours, dormez !
Or, tout en traversant ces solitudes vertes,
Hermann me dit : «Je songe aux tombes entr’ouvertes ;»
Et je lui dis : «Je pense aux tombeaux refermés.»

Lui regarde en avant : je regarde en arrière,
Nos chevaux galopaient à travers la clairière ;
Le vent nous apportait de lointains angelus; dit :
«Je songe à ceux que l’existence afflige,
A ceux qui sont, à ceux qui vivent. — Moi, lui dis-je,
Je pense à ceux qui ne sont plus !»

Les fontaines chantaient. Que disaient les fontaines ?
Les chênes murmuraient. Que murmuraient les chênes ?
Les buissons chuchotaient comme d’anciens amis.
Hermann me dit : «Jamais les vivants ne sommeillent.
En ce moment, des yeux pleurent, d’autres yeux veillent.»
Et je lui dis : «Hélas! d’autres sont endormis !»

Hermann reprit alors : «Le malheur, c’est la vie.
Les morts ne souffrent plus. Ils sont heureux ! j’envie
Leur fosse où l’herbe pousse, où s’effeuillent les bois.
Car la nuit les caresse avec ses douces flammes ;
Car le ciel rayonnant calme toutes les âmes
Dans tous les tombeaux à la fois !»

Et je lui dis : «Tais-toi ! respect au noir mystère !
Les morts gisent couchés sous nos pieds dans la terre.
Les morts, ce sont les coeurs qui t’aimaient autrefois
C’est ton ange expiré ! c’est ton père et ta mère !
Ne les attristons point par l’ironie amère.
Comme à travers un rêve ils entendent nos voix.»

Victor Hugo. John Ford aussi.

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Coulez mes larmes, dit John Ford…

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Quand John Ford filmait des pierres tombales, il savait de quoi il parlait. Ford, sans doute mieux que personne, savait faire parler une tombe. Et ceux qui pleuraient sa ou son perpetuel locataire. De sorte que le spectateur, à chaque fois, en a la chair de poule. On le sait, Ford excellait à filmer les cavaliers et les paysages, mais la magnificence fordienne s’épanouissait et se révélait encore davantage à filmer des personnages causant à des sépultures. Chez Ford, les vivants continuent de parler aux morts et les morts continuent de conseiller et supporter les vivants. Impossible d’oublier John Wayne parlant à sa femme dans La charge héroïque. Et Ford de nous faire croire que l’épouse disparue l’écoute pour lui prodiguer les mêmes avis qu’autrefois. Les mêmes coups de pied au cul aussi.
Voir aussi, dans La conquête de l’ouest, l’aîné des Prescott se recueillant sur la tombe de sa mère avant de s’asseoir sur le perron de la maison familiale. L’espace et le temps d’une image magnifique, un fondu enchaîné le fait reposer contre la pierre tombale de sa mère. Chez Ford, les fondus enchaînés sont des espaces poétiques et mélancoliques destinés à donner à la séquence précédente sa touche la plus éloquente, à en être le climax.
Monument Valley en est témoin, les paysages chéris par Ford allaient jusqu’à évoquer des pierres tombales, et il n’en faut pas plus pour prétendre que Ford en filmant ses décors fétiches filmait en réalité d’immenses cimetières, imperméables au temps qui passe. Les westerns de Ford, les plus imposants, ressemblent à des enterrements de 1ère classe et à de flamboyants mausolées. L’enterrement d’une vie de chevauchées fantastiques et de quêtes élégiaques. John Ford filme les derniers bisons et les derniers Cheyennes, les derniers pionniers et les derniers Comanches, les derniers déserts d’Amérique et ses dernières terres sauvages. Après la fureur et les larmes, filmer des tombes pour retrouver l’éternité. A l’abri de la civilisation, des tombes immuables dans leur quiétude pour une éternité souveraine jamais muette. A une mémorable exception près : l’ombre du chef Comanche Scar qui, dans La prisonnière du désert, envahit la tombe où s’est réfugiée la petite Debbie. Avant de devenir sa captive.
La conquête de l’ouest selon John Ford passait forcément par les cimetières, théatre de ses plus belles pauses et exceptionnellement de ses plus grandes frayeurs.

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Lost

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Formée à la Nation Comanche.
Mais la mémoire blanche dans la peau…

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