Nexus six

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Les quantiques de John Carpenter

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Chaque espèce ressent l’approche de son extinction. Dixit John Carpenter dans L’antre de la folie. Certains de leurs membres plus que d’autres, pourrait-on ajouter tant Carpenter, tout au long de sa carrière, et spécialement dans Prince des ténèbres, s’est attelé à filmer cette approche avec un sens aquatique de la mise en scène en parfaite adéquation avec sa vision adulte et quantique du monde. Une vision, des sons, qui rendent compte de la porosité, des failles et de la complexité de notre univers. Carpenter croit à la mécanique quantique. Il ne croit pas et n’aime pas le monde aujourd’hui perçu, aujourd’hui voulu, il rejette le rationnel naïf, et ne se satisfait pas du religieux qui l’est encore davantage. Qui dit approche dit préliminaires. Et qui dit préliminaires chez Carpenter dit menaces. D’où un sens du cadre dédié à mettre en exergue ces menaces. Carpenter, on le sait, préfère filmer les préliminaires au chaos ou l’après que le chaos lui-même. C’est pourquoi il s’attache à filmer des rues et des paysages déserts, à composer des musiques obsédantes annonciatrices d’apocalypses, à raconter des possessions et des expulsions, des sièges et des retraites, à filmer sans les dévoiler des créatures échappées de dimensions parallèles (bien souvent des fantômes ou des démons du passé), en réalité rappelés ou invoqués par une société répressive et oppressive (Michael Myers, le tueur d’Halloween en goguette, né du puritanisme hypocrite anglo-saxon, est requis pour réprimer le sexe chez les jeunes, les extraterrestres d’Invasion Los Angeles sont requis pour prêter main forte aux républicains dans leur volonté d’uniformiser, autrement dit d’empecher toute pensée libre), en somme à gratter le vernis, l’apparence (le Dr Loomis qui figure le cinéaste s’échine en vain à prévenir les autres du danger encouru), la perception religieuse et primitive de l’univers (le professeur Birack qui parle au nom de Carpenter dénonce les mensonges de l’Eglise, l’ « homme » des étoiles est envoyé pour contredire le religieux et donner du baume au coeur des hommes sans les réprimer, sans les oppresser, sans les limiter).

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Starman

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Revoir vingt ans plus tard le très beau Starman de Carpenter pour constater que l’homme des étoiles n’a pas pris une ride, que la voix et le visage de Karen Allen ont toujours cette douceur et cette tristesse qui nous ont fait tant craquer adolescent, que Jeff Bridges, auréolé d’une musique céleste, est toujours aussi touchant dans sa façon non violente d’échapper à la paranoïa et à la bêtise des hommes, de voir le monde avec les yeux d’un nouveau né, de lui sourire et d’en goûter les délices (manger une tarte aux pommes à la crême fouettée, faire l’amour) avec une merveilleuse innocence, de s’émerveiller aux sons et lumières de Las Vegas, de tricher à ses jeux de hasard, de ressusciter un daim sur un capot de voiture, d’offrir à Karen Allen et à la Terre une magnifique preuve d’amour avant son retour aux étoiles.
Revoir Starman vingt ans plus tard pour dire qu’un bon cinéphile ne doit pas oublier ce qu’ont aimé ses yeux d’adolescent.

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