Nexus six

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Chasseurs des ténèbres

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1hunter

On l’a dit pour Ford et Melville, la vérité du cinéma, qui s’applique aussi à beaucoup d’autres cinéastes, est bien souvent un désir d’étreinte. Avec le ciel pour Ford ; avec l’océan pour Melville. Soit dans les deux cas un désir d’étreinte avec l’infini, avec l’absolu.  L’autre vérité, celle de Gosha en l’occurence, est de raconter et de chorégraphier des corps à corps, en réalité d’intenses saillies, urgentes et fulgurantes. Autrement dit, de filmer une obsession charnelle qui, toujours, conduit à une éjaculation et à une fin sanglante. Chasseurs des ténèbres raconte une nouvelle fois cette obsession. De filmer des corps chargés d’érotisme donner la mort et la recevoir, de filmer des femmes superbes et fatales fondre sur une proie, sein nu et tanto entre les dents. De voir des peaux blanches se mêler à des peaux tatouées. De voir deux corps s’attirer l’un l’autre comme des aimants tragiques, s’exciter, se pénétrer, s’inter-pénétrer, pour dans la mort rester collés l’un à l’autre. Ce qui conduit à dire que le cinéma de Gosha carbure aussi à des désirs d’étreinte mais s’accomplit, s’assouvit, dans les ténèbres. Sauf que l’avant dernier corps à corps du film en question est un grand moment de poésie funèbre. Aussi beau que La mort des amants de Baudelaire. La noirceur de ce Gosha n’est pas celle du Corbucci d’Il grande silenzio. Le réalisateur nippon accorde à ses amants maudits l’union refusée de leur vivant, ne leur soumet ni les enfers ni le néant mais leur offre une barque fleurie qui les conduira à l’eldorado rêvé par Nakadai tout au long du film.
Monsieur le loup, c’est ainsi que Chise, la belle aveugle, appelait Kiba dans Kiba le loup enragé. Ce surnom, on pourrait tout aussi bien l’attribuer à Gosha lui-même tant son cinéma est tout à la fois féroce, fascinant et sensuel.

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