Nexus six

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Profondo rosso

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Vous venez de voir Profondo rosso…

Nous dit le générique de fin du maître giallo. Qui, davantage qu’un simple reflet, fige un regard à l’envers. La vérité est souvent à cette condition, nous dit ainsi Dario Argento, pour qui la quête et ses aléas/affres disent et valent plus que la révélation.
D’avoir dans Profondo rosso à mettre en  scène une série de crimes perpetrés pour continuer à en cacher un seul, Argento davantage ici préfère l’ivresse de la recherche de la vérité, celle qui, au commencement dans un théatre, se révèle à une médium, celle qui, plus tard, au rythme stressant et entraînant des Goblins conduit le héros, un pianiste, à explorer et fouiller une villa viscontienne longtemps abandonnée à son horrible secret, celle aussi qui entend percer le pourquoi d’une comptine pour enfants entendue avant que le tueur ne tente de le réduire au silence, celle encore qui lui permet, en deux temps, la découverte d’un dessin infantile racontant un traumatisme, celle qui disparait et réapparaît au gré d’une buée, celle enfin qui lui avait échappé dès le début de l’histoire. D’avoir pris un miroir, et donc son reflet, pour un tableau parmi de nombreux autres, la vérité lui était apparue, comme au spectateur, lors des premières minutes du métrage. De confirmer ainsi pour Argento, outre qu’il eut été préjudiciable au héros, et bien-sûr au film, de s’affranchir de la suite, que la vérité révélée importait infiniment moins que l’investigation onirique et déambulatoire de son héros. D’ajouter donc pour le cinéaste qui va suivre que la vision fantastique du monde importe bien davantage que la froide et morne réalité présumée. Suspiria et Inferno en apporteront une preuve éclatante.

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A la recherche de Catherine Spaak

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catomodif

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Tristesses de la lune.

Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse ;
Ainsi qu’une beauté, sur de nombreux coussins,
Qui d’une main distraite et légère caresse
Avant de s’endormir le contour de ses seins,

Sur le dos satiné des molles avalanches,
Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons,
Et promène ses yeux sur les visions blanches
Qui montent dans l’azur comme des floraisons.

Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,
Elle laisse filer une larme furtive,
Un poète pieux, ennemi du sommeil,

Dans le creux de sa main prend cette larme pâle,
Aux reflets irisés comme un fragment d’opale,
Et la met dans son coeur loin des yeux du soleil.

Charles Baudelaire.

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Trauma

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Trauma raconte l’histoire d’une saloperie de lézard qui ne peut s’empêcher de bouffer un joli papillon. En cela, il ne déroge pas aux autres Argento. Sauf qu’ici, on évacue l’histoire giallesque pour n’être chaviré que par l’histoire d’amour entre une mère et son fils à peine né, entre un père et sa fille en formation (et vice-versa, le film se terminant par un touchant « Je t’aime »). Une mère et un père à double facettes. Autrement dit, des meurtres orchestrés par le créateur de nos plus beaux cauchemars, on préfère cette fois l’appel et le requiem à Nicholas ou le regard porté par un père à sa fille en pleine éclosion. Un appel et un regard chuchotés et obsédants, poétiques et troublés. Davantage que l’image castratrice de la mère, récurrente chez le cinéaste transalpin, la figure du père préside le film. Sa première facette, laide, a des attentions et des intentions coupables (dans un rêve qui finit en cauchemar), elle sera décapité (pour écarter toute ambiguité), tandis que la seconde, tutélaire et belle (incarnée par David le héros du film), caresse l’héroïne d’un amour pur et innocent, cherchant à la protéger des affres de l’adolescence. Ici, l’anorexie et le suicide. De voir échapper son enfant, le père en question manifeste une peur bleue. Une peur, un amour éperdus et vertigineux lorsque David se lance à la recherche d’Aura dans un lac noir profond et la retrouve flottante dans un tableau paisible aux motifs enchanteurs. Une peinture mystique niant les morts passées et avenirs d’Argento. Bien plus qu’une histoire de têtes coupées dans un coffre de voiture, Trauma raconte l’histoire d’un magnifique sillage de lune sur un lac tellement opaque et d’un tableau tellement beau, précurseur d’un autre infiniment plus torturé, nommé Le syndrôme de Stendhal.
Aura, reviens. Aura, où es-tu ? Je ne te ferai jamais de mal. Je t’ai cherché partout. Dario ne pouvait être plus éloquent. Asia également.

La jeune fille de l’eau

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1aura

Tombe la pluie
Trompe la nuit
Cauchemar d’aurore…

Ruby Rain
Sliding down my face
Ruby Rain
Following my trace
Too late now, I’ve found you
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Ophélie

I

Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…
– On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir.
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :
– Un chant mystérieux tombe des astres d’or.

II

Ô pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
– C’est que les vents tombant des grands monts de Norwège
T’avaient parlé tout bas de l’âpre liberté ;

C’est qu’un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d’étranges bruits ;
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l’arbre et les soupirs des nuits ;

C’est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d’enfant, trop humain et trop doux ;
C’est qu’un matin d’avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s’assit muet à tes genoux !

Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
– Et l’Infini terrible effara ton oeil bleu !

III

– Et le Poète dit qu’aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;
Et qu’il a vu sur l’eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

Arthur Rimbaud.

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Phenomena

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1phen

Phenomena, ce n’est un secret pour personne, du moins pour les fans du travail d’Argento, ne souscrit pas aux recherches formelles qui l’ont précédé. Exit la texture veloutée et les couleurs chaudes du maître-giallo Profondo rosso ou des giallesques Suspiria et Inferno. Exit les surcharges du décor, sa représentation théatralisée et opératique de la peur. Exit la ville, place à la campagne ! Bienvenue à ses beautés champêtres et à ses horreurs enfouies.
Phenomena, pourtant, s’affirme comme l’un des plus personnels et sensoriels de son auteur. Pour cela, il doit être apprécié à sa juste valeur. De première importance dans son oeuvre. Argento y exhume ouvertement son goût pour la poésie tout en l’enrobant de ses obsessions morbides, galvanisé par un cadre naturel vagabond (la Suisse, ses forêts, ses vents, ses chutes d’eau) et par un habillage sonore stressant ou aérien. A travers l’histoire de son héroïne somnambule, témoin des meurtres frappant ses camarades d’école, le cinéaste déniche l’occasion d’aller plus loin dans ses velléités déambulatoires tout en n’abandonnant pas ses velléités assassines et voyeuristes.
A nouveaux décors, nouvelles envolées. A nouvelles peurs, nouveaux souffre-douleurs : un pensionnat de jeunes filles, le vivier idéal pour ses élucubrations sanglantes, sa fille Flore qui fait les frais de ses obsessions dès les premières minutes du métrage (tandis qu’Asia ne cessera d’en faire les frais dans sa filmographie ultérieure), sa future ex-compagne Daria Nicolodi (exit son personnage lunaire de Profondo rosso), un flic et un expert en insectes, criminologue à ses heures perdues (Donald Pleasance s’il vous plait). Leur sort est bien-sûr identique : une mort affreuse (méritée pour sa future ex), jamais expédiée.
L’héroïne, enfin, tranche avec les donzelles habituelles d’Argento. Exit la très pulpeuse Eleonora Giorgi, exit le glamour de Catherine Spaak et d’Irène Miracle. Place à la virginale Jennifer (Jennifer Connely à ses débuts) fraîchement débarquée des Etats-Unis, amie et commandeur des insectes, les complices traditionnels d’Argento. Des insectes qui ont droit à de très belles manifestations poétiques : une luciole guidant l’héroïne en pleine crise noctambule, un nuage d’insectes se formant pour cacher une pleine lune (avant de fondre sur un assaillant monstrueux), le regard multi-dimensionnel d’une coccinelle.
Entre conte poétique et cauchemar horrifique, Phenomena est un voyage hypnotique au bout de la nuit.

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Dellamorte Dellamore Anna Terzi

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S’offrir est mourir un peu…
De s’abandonner dans les bras de Carlo Giordani, Anna Terzi se soustrait davantage du monde. Ses lèvres ont beau faire mine de dire oui, ses yeux sont muets. Eteints, insondables. Déjà morts. Qui ne réflechissent plus la lumière, ni son partenaire. Sa bouche qui n’expire plus mime aussi la mort. Finita la dolce vita d’Il sorpasso.
Argento filme la mort même quand ses personnages font l’amour. Ou s’apprêtent à le faire. Argento tue son actrice sans tuer physiquement son personnage. Ni sa beauté. L’effrontée du fanfaron s’en est allée.

Catherine Spaak dans Le chat à neuf queues.

L’équation d’Argento

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Trois images, trois plans de Suspiria, pièce maîtresse de l’oeuvre du maestro de l’horreur. Deux couleurs fétiches : le rouge et le bleu. Le rouge pour l’énergie et la mort. Le bleu pour le secret et la peur.
Trois représentations majeures, trois figures géométriques variables du cinéma d’Argento, à la fois physique et métaphysique, terrifiant et onirique, morbide et érotique, pénétrant et pénétré, sensoriel et sensuel, hystérique et contemplatif, expérimental et maîtrisé, stressant et opératique : l’immersion (la plongée), le vertige (la contre-plongée) et la fascination (le gros plan) = une même sensation ethylique et labyrinthique : la perte de soi-même et de son univers.

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