Nexus six

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Qu’il vienne, qu’il vienne, le temps dont on s’éprenne.

Arthur Rimbaud. Tarkovski aussi.

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Stalker

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Sortir des sentiers battus, telle est l’exigence pour accéder à la Zone et au film de Tarkovski.
Oublier ses repères habituels, n’en pas croire ses yeux ni ses oreilles, telle est la voie du Stalker, passeur d’âmes, pour pénétrer la Zone. Sans en déflorer le mystère.
Sonder les âmes avant de s’offrir, telle est la Zone. S’offrir sans rien offrir, sauf à révéler, tel est son bon vouloir. Miroir des âmes et de l’état des âmes, la Zone ne révèle rien sur elle-même, mais reflète tout sur ses visiteurs.
A offrir ses couleurs dans un monde noir et blanc, à placer la nature toute puissante au coeur du message, comme cadeau et mise en garde, la Zone est tout à la fois désirable et dangereuse, belle et sauvage, sensuelle et repoussante, tentatrice et effrayante, séductrice et farouche, toujours imprévisible.
Aussi labyrinthique et insaisissable que la Zone, le film de Tarkovski donne au spectateur ce qu’il veut bien voir, le conduit aussi bien à l’élévation qu’à la dépression.
Figure de la matrice, la Zone, à l’instar de Stalker, se laisse difficilement approcher et n’est jamais dompté.

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Le miroir

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Le poète a vocation à secouer les âmes

Ainsi parlait Andreï Tarkovski dans Le miroir. Bien-sûr, le poète en question n’est autre que son père, Arseni Tarkovski. C’est sa façon de lui rendre hommage. De rendre à Arseni ce qui est à Arseni. De lui dire combien il a secoué son âme à lui. Combien il a pu influencer sa poésie à lui. Et cette poésie est l’essence même de son art. Le poète n’a nul besoin de raconter une histoire. Bien au contraire. Sa liberté est le gage de sa fulgurance. Raconter une histoire ne peut que restreindre cette liberté. L’art cinématographique n’a que peu de place à accorder à la poésie totalement affranchie. Son essence a toujours été de raconter des histoires. De les poétiser le cas échéant, au gré des ambitions supérieures de réalisateurs à l’âme vagabonde.
La liberté de Tarkovski dans Le miroir n’a aucune limite. L’auteur de L’enfance d’Ivan évoque ici des bribes de souvenirs, sans autre correspondance semble-t-il que l’exigence poétique de la mise en images, conjuguant le passé au présent, confrontant images d’archives à l’imaginaire de son métrage, laissant libre cours à ses pensées, tantôt acteur, tantôt témoin.
Dans la datcha, sa caméra est actrice, la pluie et le vent sont ses complices. Rideaux et voiles s’écartent à son passage, l’invitent à pénétrer les lieux. La datcha est son royaume. Le royaume du sensoriel, celui des songes. Ceux de Tarkovski, ceux de ses personnages. Tarkovski se joue de l’éclairage et des miroirs, comme paradoxes et distorsions spatio-temporels.
A l’extérieur de la datcha, la caméra s’invite, elle est témoin et complice. Témoin de la poésie-réalité de la nature et de ses humeurs. C’est le domaine du sensuel. Complice du vent et de la pluie, grâce à des effets de montage, de légers ralentis, de légères accélérations, qui viennent magnifier la sensualité des éléments.
Si la poésie, pour qu’on s’y perde totalement, doit s’affranchir d’une histoire, elle ne peut s’affranchir d’un sujet. Le sujet, ici, et comment souvent dans l’oeuvre de Tarkovski, est, vous l’aurez compris, l’amour. Un amour qui permet toutes les audaces : récurrente chez le cinéaste, la lévitation de l’amoureuse est la plus belle d’entre elles. « Ne sois pas étonné, je t’aime », déclare-t-elle. Chez Tarkovski, l’image et le verbe sont en totale osmose. Andreï Tarkovski, poète-cinéaste affranchi.

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Reflets d’Ivan…
Reflets de Tarkovski…

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Andreï Roublev

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Traduire l’essence de l’âme russe sans trahir son âme, telle fut l’ambition et l’éblouissante réussite de Tarkovski en réalisant Andreï Roublev, oeuvre qui tient à la fois de la fresque historique spectaculaire et de la geste intime. On imagine sans mal la gueule de Brejnev (déjà qu’elle ne pouvait guère prêter au qualificatif d’harmonieuse) et de la censure soviétique à la projection de ce film tant Tarkovski y parle de spiritualité, de relations entre l’artiste et l’Etat (loin d’être idéales en régime dictatorial), de délation, de résignation et finalement de résistance à l’oppression. Evidemment, Andreï Roublev, le moine peintre d’icônes témoin de la barbarie tatare mais aussi de la violence féodale, est une projection d’Andreï Tarkovski, le poète-cinéaste réfractaire au « progrès » soviétique et à toute restriction artistique. Roublev, après voir vu tant d’horreurs, se mure dans le silence. Avant de renaître à la vie, c’est-à-dire à la création. Tarkovski, lui, en dressant le constat d’un régime communiste reniant les racines spirituelles russes, se réfugie dans sa poésie panthéiste et dans un mysticisme chrétien fasciné par la paganisme.
Andreï Roublev est une oeuvre essentielle en ce qu’elle parle des âmes froissées et des corps fracassés, en ce qu’elle invite le spectateur à adopter, par le truchement de son personnage éponyme, le regard mélancolique et pétri de compassion de son auteur.
Andreï Roublev est une oeuvre inspirée en ce qu’elle invite l’esprit et la beauté des uns à répondre à la brutalité et la laideur des autres, en ce que l’espoir et la foi finissent par l’emporter sur la désespérance et la souffrance, en ce que les mains et les visages des humbles sont pénétrés de la Grâce et de la miséricorde des anges.
Andreï Roublev est une oeuvre précieuse en ce qu’elle fait parler avec une tendre sonorité et une profonde sensualité la pluie et la flore des ruisseaux, les oiseaux et les chevaux, en ce qu’elle entretient un lien organique et mystérieux avec la neige et le feu, le bruissement des arbres et la caresse du vent, la brume et le temps.
Andreï Roublev est un chef d’oeuvre absolu.

Celui qui trahit une seule fois ses principes perd la pureté de sa relation avec la vie. Tricher avec soi-même, c’est renoncer à tout, à son film, à sa vie : Andreï Tarkovski.

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… et les feux crépitants que voit Andreï embrasent les visages souriants penchés sur les flammes oranges, autour desquelles des jeunes garçons et des jeunes filles en vêtements flottants se poursuivent en poussant des cris de joie,
et, incliné vers un feu, le mince bouleau nimbé de ses premières feuilles délicates, sur les branches duquel des jeunes femmes et des jeunes filles nouent des rubans de cotonnade à toute vitesse, c’est à qui ira le plus vite,
et le cavalier nu montant à cru un cheval blanc à la longue crinière et à la queue déployée, galopant vers la rivière inondée des reflets de la lune d’argent ronde qui vient de se lever au-dessus de l’autre rive,
et les corps nus et vigoureux des garçons et des filles s’enfonçant jusqu’aux genoux dans l’eau qui flamboie au clair de lune,
et le hennissement du cheval qui entre dans la rivière au grand galop,
et les rires,
et les cris,
et les grands gestes des bras blancs comme la craie dans l’air sombre de la nuit,
et les longues étreintes laborieuses des couples sur la terre féconde et bienfaisante qui s’étire, entourée de gens amoureux de leur champ labouré et plongés dans un silence solennel…

Extrait du scénario d’Andreï Roublev écrit par Andreï Tarkovski.

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L’enfance d’Ivan

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Je suis mon maître

Ces paroles sont celles d’Ivan, elles sont adressées au lieutenant-colonel qui veut le renvoyer à l’arrière. Elles sont surtout la voix et la voie d’Andreï Tarkovski qui n’aura eu de cesse de parler en son nom. Ce n’est sans doute pas fortuit si le film s’ouvre sur le visage d’Ivan derrière une toile d’araignée. Ivan est Andreï.
Ces paroles sont celles d’un enfant qui ne veut pas plier devant la volonté de l’autorité. Il n’est pas question pour lui de raccrocher. Ivan est l’oeil de l’armée soviétique pour anéantir l’envahisseur quand Andreï est l’oeil et le gardien de l’âme russe.

A celui qui a vu l’ange.
Epitaphe aposée sur la tombe d’Andreï Tarkovski.

Tout est lumière, tout est joie.
L’araignée au pied diligent
Attache aux tulipes de soie
Ses rondes dentelles d’argent.

La frissonnante libellule
Mire les globes de ses yeux
Dans l’étang splendide où pullule
Tout un monde mystérieux !

La rose semble, rajeunie,
S’accoupler au bouton vermeil ;
L’oiseau chante plein d’harmonie
Dans les rameaux pleins de soleil.

Sa voix bénit le Dieu de l’âme
Qui, toujours visible au cœur pur,
Fait l’aube, paupière de flamme,
Pour le ciel, prunelle d’azur !

Sous les bois, où tout bruit s’émousse,
Le faon craintif joue en rêvant ;
Dans les verts écrins de la mousse
Luit le scarabée, or vivant.

La lune au jour est tiède et pâle
Comme un joyeux convalescent ;
Tendre, elle ouvre ses yeux d’opale
D’où la douceur du ciel descend !

La giroflée avec l’abeille
Folâtre en baisant le vieux mur ;
Le chaud sillon gaiement s’éveille,
Remué par le germe obscur.

Tout vit, et se pose avec grâce,
Le rayon sur le seuil ouvert,
L’ombre qui fuit sur l’eau qui passe,
Le ciel bleu sur le coteau vert !

La plaine brille, heureuse et pure ;
Le bois jase ; l’herbe fleurit…
– Homme ! ne crains rien ! la nature
Sait le grand secret, et sourit.

Victor Hugo, Les rayons et les ombres. Tarkovski aussi.

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