Nexus six

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Kimi ga yo wa
Chiyo ni,
Yachiyo ni
Sazare ishi no,
Iwao to narite,
Koke no musu made.


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Open your mind

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A raconter l’histoire d’un regard en mélancolie qui gagne des ailes et une lumière fabuleuses, Avalon et Ghost in the shell, grâce à la vision sans limites de Mamoru Oshii et à la composition extatique de Kenji Kawai, ont l’immense beauté de nous faire épouser la naissance et l’envol d’un ange. Et la couronne de l’oubli de disparaître…

Je suis Ash.
Je suis Motoko.

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Innocence ou le miroir aux alouettes

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La perfection n’est possible que pour ceux qui n’ont pas de conscience, ou ceux qui sont dotés d’une conscience infinie. Autrement dit, pour les poupées et les dieux. En fait, il y a un monde d’existence comparable aux poupées et aux dieux. (Les animaux ?) Les alouettes de Shelley sont plongés dans une joie profonde instinctive. Une joie que nous les humains à cause de notre timidité ne connaîtront jamais.

A quel point les miroirs affectent et falsifient la vision des hommes, leur perception du cosmos ? A quel point les reflets renvoyés nuisent à notre rapport à l’univers, nous interdisent la Joie, nous limitent, nous contraignent à la nostalgie, à la mélancolie, ou à la vanité ? L’homme n’a rien à gagner avec un examen minutieux, nous répond Mamoru Oshii dans Innocence, le second opus de Ghost in the shell. Aussi, d’avoir les yeux plus gros que le cerveau, de prendre ses rêves de gloire pour des réalités, l’homme se perd. Et ne donne que trop peu d’énergie positive à l’univers. Motoko Kusanagi, l’Eve future, l’a bien compris en rejoignant un océan de pensées, le Net infini. Abandonnant ainsi un besoin de reflet(s) pour exister et s’épanouir. Tandis que Locus Solus la société tentaculaire de demain est le grand miroir aux alouettes du futur de l’homme. Une glorieuse et merveilleuse apparence à travers une grandiose cité et de flamboyants carnavals, qui cache un sombre secret dans ses poupées censées ne jamais dire non. Un secret d’emblée révélé (pour peu qu’on ait l’oeil prévenu ou affuté) lors du sublime générique, segment retraçant la conception et la naissance d’une de ces sexaroïdes. Un reflet dans son oeil bleu dévoile en effet un poignant fantôme. Un fantôme qui, prisonnier d’une enveloppe non désirée et promise à une dégradante corruption, dira non. Innocence, outre un fantastique miroir aux alouettes, raconte ce non et un cri : Mais je ne voulais pas devenir une poupée. Oshii y filme aussi un cathartique To-o kami emi tame, autrement dit l’envolée d’un ange (Je m’en vais) à travers la chute d’une poupée désarticulée. Un corps fragile et émouvant très provisoirement emprunté par le Major revenu d’entre les circuits du Net pour prêter main forte à son ancien équipier, le cyborg Batou. Le second volet de GITS, sommet de la SF et vertige essentiel, raconte ainsi un bouleversant appel à l’aide et le secours d’un duo sensationnel :

Aidez-moi, aidez-moi…

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A la recherche de Gabriel

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Flairant l’éternité de son museau difforme,
Là, dans l’ombre, à tes pieds, homme, ton chien voit Dieu.

Victor Hugo. Mamoru Oshii aussi. Dixit Avalon, Ghost in the shell, et Innocence.

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To-o kami emi tame

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Dans les cieux et l’océan de Motoko,
Je me laisse aller au fil du vertige,
Avant que l’Oiseau Nue ne chante à l’aube…

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Aux pieds du Bayon, à soupirer mille souvenirs…
Aussi, à contempler la place de l’homme dans le cosmos, et l’inspiration du cosmos dans l’aspiration de l’homme.

Je devais éveiller la conscience des hommes, leur prouver que leur certitude était une illusion, que tout pouvait disparaitre sans laisser de traces. Quand j’ai voulu le leur montrer, personne ne m’a compris.

(Vous n’avez pas eu envie de vous suicider, vous le grand philosophe, le grand soldat ?)

Si je ne l’ai pas fait, c’est par pure curiosité. A propos de l’avenir, de l’avenir des hommes.

Mamoru Oshii, alias Tsugé, dans Patlabor 2.

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Lady Yakuza

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Je vous remercie à l’avance pour votre attention. Permettez-moi de me présenter. Je suis originaire du village d’Itsuki dans le fief de Higo. Je m’appelle Ryuko Yano. On me surnomme Oryu la Pivoine Rouge. Comme vous le voyez, je ne suis qu’une simple femme. Je vous prie de m’accorder votre amitié et votre soutien.

Imaginez. Un personnage d’une élégance rare (d’âme comprise). Une femme yakuza durant l’ère Meiji. Une bakuto : une joueuse itinérante. Un fantasme. Auprès de qui il serait beau de mourir. Un katana à la main, le kimono fendu et ensanglanté, un tigre rugissant dans le dos. Après avoir pu partager sa quête initiatique, avoir pu assister à ses présentations dans les règles de l’art. Après avoir pu combattre à ses côtés toutes les injustices, et avoir pu affronter en sa compagnie les ennemis du petit peuple ou les yakuzas qui font affront au Ninkyodo (« la Voie chevaleresque »). Après avoir pu terrasser tous les ignobles : assassins et proxénètes de la pire espèce. Après avoir pu admirer son courage de lionne et sa grâce de gazelle, avoir pu contempler ses tragiques pivoines rouges qui ondulent sur son épaule. S’identifier aux compagnons d’arme d’Oryu, tels les yakuzas vagabonds et mélancoliques incarnés par Ken Takakura ou Koji Tsuruta, participe aussi au charme engendré par la saga en huit volumes nommée Lady Yakuza.
Imaginez encore. Cheveux en liberté, la Pivoine Rouge parée d’un magnifique kimono noir et blanc, un tantô sanguignolant dans une main et un révolver fumant dans l’autre, qui vient de décimer un clan entier. Avant de régler son compte au chef dudit clan, le visage d’Oryu zébré d’un éclair. Un éclair signé Kato Tai. Aussi emblématique et saisissant que le plan de Seijun Suzuki qui, dans La vie d’un tatoué, montrait le kimono de son héros fendu par un sabre, dévoilant son tatouage dorsal.
Imaginez enfin. Après un deuil, trois regards qui, avec classe, décident d’affronter seuls une horde de yakuzas sans honneur. Pour sceller leur engagement, une chanson, l’hymne à Oryu, une élégie en vérité. Puis une barque, qui les conduit nonchalamment dans la nuit, des flocons qui commencent à tomber sur les trois personnages, debouts. A l’issue d’un combat enragé, dans un quartier d’Osaka sous la neige, des dixaines de yakuzas en kimonos noirs, têtes inclinées et lanternes à la main, forment une haie d’honneur et de respect aux trois personnages en question : Oryu la légendaire Pivoine rouge et chef du clan Yano (lumineuse Junko Fuji), le très dévoué et fantasque chef de clan Kumatora (Tomisaburo Wakayama) et le sans clan Kitahashi (Bunta Sugawara). Soit un très beau chant du cygne, signé Buichi Saito, l’admirable réalisateur du quatrième volet des Baby Cart. Le monde de la Pivoine Rouge est celui des yakuzas de cinéma. Qui appartiennent au genre du Ninkyo Eiga, film de chevalerie ayant attrait à l’univers desdits yakuzas.
Grâce à HK vidéo et à son manitou Christophe Gans, éditant les huit films de la saga dans un bel écrin, il est désormais aisé de pouvoir arrêter d’imaginer.

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Car l’âme d’une fleur parle au coeur d’une femme…

Victor Hugo. Mikio Naruse aussi.

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Mémoires de geishas

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Quelle est la beauté et la vérité du cinéma de Kenji Mizoguchi ? Donner à la lumière de ses films la grâce d’éclairer les âmes des jeunes filles, avant, pendant et après leurs désillusions. Donner aux ombres (autrement dit des faiblesses, en l’occurence celles des hommes) le pouvoir d’éroder leurs rêves et leurs sourires. Donner aux cerisiers et au son du koto l’ivresse de les consoler. (Et celle de nous languir.) Donner à ses mouvements de caméra la faveur de figurer le cours d’une rivière. Qui lui-même figure le cours d’une âme, de ses mélancolies à ses ruines. Jusqu’à son estuaire. Jusqu’au Grand Océan.

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A la recherche de l’Eve future

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Quelle est la beauté première du cinéma d’Oshii et de Ghost in the shell en particulier ? Un désir de fusion, pour combler une volonté d’accomplissement, donc d’élévation, et au-delà, à l’instar de Tarkovski, un désir d’embrasser la grâce des anges. Autrement dit de faire l’amour. En premier lieu avec soi-même. Pouvoir embrasser son reflet avant de pouvoir se mélanger à l’autre et au cosmos, sans préjudice de son intégrité. D’abord, désir de cinéma, désir esthétique, désir pour Oshii de fusionner avec son art. Où il est dit que le cinéaste imprime dans chaque fragment de pellicule et dans chaque note de musique, le reflet de son âme mélancolique. Velléité d’accomplissement à travers un art donc, et bien-sûr pour les personnages de ses films. Des personnages en proie à un malaise existentiel, à un manque, à une absence, à une solitude. Dans Ghost in the shell, désir pleinement assouvi par l’union métaphysique de Motoko Kusanagi et du maître des poupées, scellée, sanctifiée  par l’apparition d’un ange, au moment même où leurs véhicules, devenus désormais obsolètes, sont détruits. Une union également cyberspatiale pour libérer une énergie supérieure et considérable. Dans Avalon, désir assouvi quand Ash gagne son droit d’accès à l’île mythique éponyme. Dans Innocence, désir laissé en suspens, mais plus que jamais explicite lorsque la chanson du générique de fin entonne « Follow me », priant ainsi Batou de la rejoindre, elle, Motoko, l’Eve future.

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Chasseurs des ténèbres

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1hunter

On l’a dit pour Ford et Melville, la vérité du cinéma, qui s’applique aussi à beaucoup d’autres cinéastes, est bien souvent un désir d’étreinte. Avec le ciel pour Ford ; avec l’océan pour Melville. Soit dans les deux cas un désir d’étreinte avec l’infini, avec l’absolu.  L’autre vérité, celle de Gosha en l’occurence, est de raconter et de chorégraphier des corps à corps, en réalité d’intenses saillies, urgentes et fulgurantes. Autrement dit, de filmer une obsession charnelle qui, toujours, conduit à une éjaculation et à une fin sanglante. Chasseurs des ténèbres raconte une nouvelle fois cette obsession. De filmer des corps chargés d’érotisme donner la mort et la recevoir, de filmer des femmes superbes et fatales fondre sur une proie, sein nu et tanto entre les dents. De voir des peaux blanches se mêler à des peaux tatouées. De voir deux corps s’attirer l’un l’autre comme des aimants tragiques, s’exciter, se pénétrer, s’inter-pénétrer, pour dans la mort rester collés l’un à l’autre. Ce qui conduit à dire que le cinéma de Gosha carbure aussi à des désirs d’étreinte mais s’accomplit, s’assouvit, dans les ténèbres. Sauf que l’avant dernier corps à corps du film en question est un grand moment de poésie funèbre. Aussi beau que La mort des amants de Baudelaire. La noirceur de ce Gosha n’est pas celle du Corbucci d’Il grande silenzio. Le réalisateur nippon accorde à ses amants maudits l’union refusée de leur vivant, ne leur soumet ni les enfers ni le néant mais leur offre une barque fleurie qui les conduira à l’eldorado rêvé par Nakadai tout au long du film.
Monsieur le loup, c’est ainsi que Chise, la belle aveugle, appelait Kiba dans Kiba le loup enragé. Ce surnom, on pourrait tout aussi bien l’attribuer à Gosha lui-même tant son cinéma est tout à la fois féroce, fascinant et sensuel.

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Yoko Naito1

Unité

Par-dessus l’horizon aux collines brunies,
Le soleil, cette fleur des splendeurs infinies,
Se penchait sur la terre à l’heure du couchant ;
Une humble marguerite, éclose au bord d’un champ,
Sur un mur gris, croulant parmi l’avoine folle,
Blanche épanouissait sa candide auréole ;
Et la petite fleur, par-dessus le vieux mur,
Regardait fixement, dans l’éternel azur,
Le grand astre épanchant sa lumière immortelle.
«Et, moi, j’ai des rayons aussi !» lui disait-elle.

Victor Hugo, Les contemplations.

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Rendez-vous

Ma belle amie est morte,
Et voilà qu’on la porte
En terre, ce matin
En souliers de satin.

Elle dort toute blanche,
En robe de dimanche,
Dans son cercueil ouvert
Malgré le vent d’hiver.

Creuse, fossoyeur, creuse
À ma belle amoureuse
Un tombeau bien profond,
Avec ma place au fond.

Avant que la nuit tombe
Ne ferme pas la tombe ;
Car elle m’avait dit
De venir cette nuit,

De venir dans sa chambre :
« Par ces nuits de décembre,
Seule, en mon lit étroit,
Sans toi, j’ai toujours froid. »

Mais, par une aube grise,
Son frère l’a surprise
Nue et sur mes genoux.
Il m’a dit : « Battons-nous.

Que je te tue. Ensuite
Je tuerai la petite. »
C’est moi qui, m’en gardant,
L’ai tué, cependant.

Sa peine fut si forte
Qu’hier elle en est morte.
Mais, comme elle m’a dit,
Elle m’attend au lit.

Au lit que tu sais faire,
Fossoyeur, dans la terre.
Et, dans ce lit étroit,
Seule, elle aurait trop froid.

J’irai coucher près d’elle,
Comme un amant fidèle,
Pendant toute la nuit
Qui jamais ne finit.

Charles Cros.

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Courte est la vie des fleurs,
infinies leurs douleurs.

Nocturne

Bois frissonnants, ciel étoilé,
Mon bien-aimé s’en est allé,
Emportant mon coeur désolé !

Vents, que vos plaintives rumeurs,
Que vos chants, rossignols charmeurs,
Aillent lui dire que je meurs !

Le premier soir qu’il vint ici
Mon âme fut à sa merci.
De fierté je n’eus plus souci.

Mes regards étaient pleins d’aveux.
Il me prit dans ses bras nerveux
Et me baisa près des cheveux.

J’en eus un grand frémissement ;
Et puis, je ne sais plus comment
Il est devenu mon amant
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Et, bien qu’il me fût inconnu,
Je l’ai pressé sur mon sein nu
Quand dans ma chambre il est venu.

Je lui disais : « Tu m’aimeras
Aussi longtemps que tu pourras ! »
Je ne dormais bien qu’en ses bras.

Mais lui, sentant son coeur éteint,
S’en est allé l’autre matin,
Sans moi, dans un pays lointain.

***

Puisque je n’ai plus mon ami,
Je mourrai dans l’étang, parmi
Les fleurs, sous le flot endormi.

Au bruit du feuillage et des eaux,
Je dirai ma peine aux oiseaux
Et j’écarterai les roseaux.

Sur le bord arrêtée, au vent
Je dirai son nom, en rêvant
Que là je l’attendis souvent.

Et comme en un linceul doré,
Dans mes cheveux défaits, au gré
Du flot je m’abandonnerai.

***

Les bonheurs passés verseront
Leur douce lueur sur mon front ;
Et les joncs verts m’enlaceront.

Et mon sein croira, frémissant
Sous l’enlacement caressant,
Subir l’étreinte de l’absent.

***

Que mon dernier souffle, emporté
Dans les parfums du vent d’été,
Soit un soupir de volupté !

Qu’il vole, papillon charmé
Par l’attrait des roses de mai,
Sur les lèvres du bien-aimé !

Charles Cros.
Le Coffret de santal

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Il faut marcher seul, sans commettre de péché, avec peu de souhaits, comme un éléphant dans la forêt.

Ghost in the shell : Innocence, Mamoru Oshii. Jean-Pierre Melville aussi.

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1ghost-in-the-shell_modifié-3

Où va aller la « nouvelle née » ?

Motoko Kusanagi, Ghost in the shell.

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