Nexus six

.

Namasté

Filed under: épouses et concubines, Inde — Rom @ .

Que la divinité qui est en moi salue la divinité qui est en toi…

नमस्कार

.

My name is Khan

Filed under: Inde — Rom @ .

Répare presque tout.

Même les coeurs en miettes. Même les consciences dévoyées ou erronées. A quelques abrutis et fanatiques près. Ainsi, Rizvan Khan a le don de réparer non seulement les machines et les églises, mais aussi et surtout les hommes en butte à la bêtise traumatique, parfois foncière, post-11 septembre, ou d’alleger les souffrances d’une  population abandonnée à quelque ouragan. Ainsi aussi, Shah Rukh Khan et ses films ont ce don précieux de mettre du baume au coeur des spectateurs. De les réparer le cas échéant. Cette pancarte qui dit donc beaucoup du film de Karan Johar vaut en effet également à cet acteur merveilleux et essentiel, qui après une séparation forcée retrouve ici son âme soeur de cinéma : Kajol alias Mandira. Vers qui va notre coeur. Tandis que notre conscience va à cet autiste qui, pour rentrer chez lui et retrouver sa lumière, Mandira donc, doit délivrer un message au Président des Etats-Unis, qui, bien entendu, ne sera pas George Bush, mais Barack Obama, l’âme magnifique, brillante et épurée de Khan n’étant pas accessible au premier. Mon nom est Khan et je ne suis pas un terroriste. Et je me marie avec qui je veux. Ce cri  et ce choix, vous l’aurez compris, proviennent tout autant de Shah Rukh. Car Shah Rukh Khan est grand.

Dirty yellow.

.

Filed under: épouses et concubines, Inde — Étiquettes : — Rom @ .

Je ne demandais rien. Je restais debout à la lisière du bois derrière l’arbre.
Les yeux de l’aurore étaient encore couverts de langueur et la rosée était dans l’air.
La paresseuse senteur de l’herbe était suspendue dans le mince brouillard qui planait sur la terre.
Pour traire la vache avec vos mains tendres et fraîches comme du beurre, vous étiez sous le bananier.

Je restai immobile.
Je ne dis pas un mot ; seul l’oiseau chanta caché dans le buisson.
Les fleurs du manguier tombaient sur la route du village et une à une les abeilles venaient bourdonner autour d’elles.
Du côté de l’étang la grille du temple de Shiva était ouverte et l’adorateur avait commencé ses chants.
La jarre sur vos genoux, vous trayiez la vache.
Je restai debout avec ma cruche vide.

Je ne m’approchai pas de vous.
Le jour s’éveilla avec le son du gong dans le temple.
La poussière s’éleva de la route sous les sabots des bêtes du troupeau.
Les femmes revenaient de la rivière portant sur leurs hanches leurs cruches glougloutantes.
Vos bracelets tintaient et l’écume du lait débordait de votre jarre.
La matinée s’écoula, et je ne m’approchai pas de vous.

Rabindranâth Tagore, Le jardinier d’amour.

Bon voyage.

.

Filed under: épouses et concubines, Inde — Rom @ .

DeepikaPadukone1_modifié-2

.

L’adversaire

Filed under: fantômes et coquilles, Inde — Étiquettes : — Rom @ .

IMG1400_modifié-1

IMG1465_modifié-1

IMG_1479_modifié-1

IMG_1579_modifié-1

IMG_1565_modifié-1

IMG_1606_modifié-1

IMG_1643_modifié-1

Dire de L’adversaire qu’il raconte l’obsession première de son auteur : voir, entendre, sentir et goûter à nouveau son enfance perdue, pour retrouver sa pureté et son innocence, pour garder son âme farouche et rebelle. Par où la geste poétique et onirique passe aussi nécessairement. Le cinéma de Satyajit Ray est voué à retrouver l’odeur envoûtante du frangipanier au pied duquel il se réfugiait pour révasser et se prélasser, à pouvoir retrouver la lumière tendre et authentique d’un paradis immaculé duquel il s’est exilé, à en retrouver ses bruits et ses charmes.
Dire aussi de L’adversaire qu’il met en scène, brillamment, deux autres thèmes chers à Satyajit Ray : la peur de l’enfermement, donc de la ville, et la peur de perdre son identité indienne. Vécues par le héros du film, Siddharta, dont l’obsession est d’entendre à nouveau le chant d’un oiseau, qui, jamais, ne pourra chanter le même refrain enchanté dans une cage d’un marché de Calcutta (figurant du même coup le sort de l’homme qui ne peut reproduire le même refrain dans une ville où, encagé, il est soumis à la promiscuité de ses contemporains), et de retrouver l’âme insoumise d’une soeur vendue à la ville et bientôt à l’occident.
Dire encore que Satyajit Ray, dans son emploi des flashbacks, fulgurants et pertinents, filme de sublimes haikus.
Dire enfin que Satyajit Ray, précellent à filmer des jeunes femmes et des jeunes filles en fleurs, l’est aussi à filmer de suprêmes échappées, celle notamment où, dans un beau moment suspendu, on voit les deux tourtereaux, du haut d’un building, s’évader de la foule grouillante de Calcutta. Ainsi que dans sa manière éminemment poétique de conclure un film.

.

Filed under: fantômes et coquilles, Inde, Japon — Étiquettes : , — Rom @ .

Quand rapidement elle passa près de moi, le bout de sa robe me frôla.
Comme une île inconnue vint de son coeur une soudaine et chaude brise de printemps.
Un souffle fugitif me caressa, et s’évanouit, tel s’envole au vent le pétale arraché à la fleur.
Il tomba sur mon coeur comme un soupir de son corps et un murmure de son âme
.

Rabindranâth Tagore, Le jardinier d’amour.

.

Ecrins d’éternité

Filed under: fantômes et coquilles, Inde, Japon — Étiquettes : — Rom @ .

« Une larme posée sur le visage de l’éternité », a t-on dit à propos du Taj Mahal,
palais construit par l’empereur moghol Shâh Jahân en hommage à son adorée et défunte épouse Arjumand Bânu Begam.

Mais aussi The passage of time et Resurrection Hub, symphonies célestes de Bear McCreary dédiées à Hera et aux poupées explosives qui ne vont plus (re)naître, les notes diaphanes et mélancoliques du piano de Philip Glass, dédiées au(x) silence(s) de Caprica, Ruby Rain de Pino Donaggio dédiée à l’Ophélie d’Argento, les poèmes de Rabindranâth Tagore, dédiés aux fleurs éphémères, à la future Durga et à la future Hera, les poèmes de Satyajit Ray, dédiés aux lucioles, aux absentes, et aux fantômes de Rabindranâth Tagore, les poèmes de Charles Cros, dédiés aux endormies, les hymnes de la nuit de Kenji Mizoguchi, pour l’amour d’Oshizu, d’Anju, de Yang Kwei-fei, les tombes de John Ford et de Victor Hugo…

Les nuages de John Ford

Filed under: Inde — Étiquettes : , — Rom @ .

Nuages, collines de vapeur,
collines, nuages de pierre,
désir d’étreinte
qui se poursuit dans le rêve du temps.

Rabindranâth Tagore, Les lucioles.

.

New York Masala

Filed under: fantômes et coquilles, Inde — Rom @ .

Des mendiantes à New York ?
(Ce ne sont pas des mendiantes, c’est notre grand-mère)
Oh, Dadi. Jennifer Lopez ! Les Spice Girls !
:
Aman à Vieille sorcière.

Tout chercheur de cinéma(s) se doit de voir New York Masala. D’abord pour mesurer le bonheur immense que peut procurer le cinéma de Bollywood, y compris quand il s’épanouit aux Etats Unis. Mais aussi pour mesurer la grandiose interpretation de Shah Rukh Khan, qui, dans le rôle d’Aman (un ange qui passe mais qui reste dans les coeurs et les esprits), donne là l’une de ses plus grandes partitions : comique, romantique et tragique.
Aman débarque donc à New York et fait la connaissance d’une jeune femme au sourire éteint, qui vit dans le souvenir d’un père bien-aimé, qui ne cherche plus son âme soeur. Aman va lui réapprendre à sourire, et en profitera pour bouleverser son petit monde, sa mère propriétaire d’un restaurant indien (qui n’a pas de succès parce qu’il a oublié qu’il était indien), sa grand-mère dite Vieille sorcière dite Jennifer Lopez dite Spice Girl (qui invoque les Dieux en malmenant les oreilles de ses voisins), la petite Gia (sa demi-soeur, souffre-douleur de Vieille sorcière), la douce Sweetu (qui cherche déséspérement son prince charmant), Rohit, son ami de toujours (amoureux d’elle en vérité). Après avoir conquis le coeur de Naina, parce que son coeur à lui n’en a plus pour longtemps, Aman va jouer les cupidon. Avant de revoir sa Kajol lors d’une danse effrénée. Avant de faire pleurer tout le monde, y compris le spectateur. Kal Ho Naa Ho

.

La jeune lune

Filed under: fantômes et coquilles, Inde — Étiquettes : , — Rom @ .

1bsgheraa_modifie-51

« D’où je suis venu ? Où m’as-tu trouvé ? » demande Bébé à sa mère.
Elle pleure et rit tout à la fois et, pressant l’enfant sur sa poitrine, lui répond :
« Tu étais caché dans mon coeur, mon chéri, tu étais son désir.
Tu étais dans les poupées de mon enfance et quand, chaque matin, je modelais
dans l’argile l’image de mon dieu, c’était toi que je faisais et défaisais alors.
Dans tous mes espoirs, dans toutes mes amours, dans ma vie, tu as vécu.
Dans l’adolescence, quand mon coeur ouvrait ses pétales, tu l’enveloppais,
comme un parfum flottant.
Ta délicate fraîcheur veloutait mes jeunes membres, tel le reflet rose qui précède l’aurore.
Toi, le chéri du ciel, toi dont la soeur jumelle est la lumière du premier matin,
tu as été emporté par les flots de la vie universelle, qui t’a enfin déposé sur mon coeur »…

Rabindranâth Tagore, La jeune lune.

.

Des trains et Apu

Filed under: fantômes et coquilles, Inde — Étiquettes : — Rom @ .

1apur

1apur2

1apur4

Le cinéma est né avec un train. Filmer des trains pour mieux filmer les hommes, c’est ainsi que Naruse, Ozu, Melville, dans un registre forcément différent, étaient passés maître dans l’art d’associer les deux. Naruse et Ozu, pour filmer des tourments et des solitudes au féminin. Melville, pour filmer des hommes en quête de liberté (Le cercle rouge, Le deuxième souffle). D’autres cinéastes, autant de mobiles. Leone, pour filmer avec mélancolie la conquète de l’Ouest. Spielberg, pour filmer l’horreur nazie. Renoir, pour évoquer des pulsions homicides à envergure encore humaine. Ratnam, et avant lui (en beaucoup plus frigide et donc avec beaucoup moins de talent), Hitchcock, pour filmer des ébats sexuels (Dil se, La mort aux trousses). Le plus grand de ces cinéastes ferroviaires, l’un des plus grands tout court, est Satyajit Ray, immense poète et immense humaniste (on ne le dira jamais assez), pour qui la vie d’Apu, le héros de sa trilogie, se conjugue au rythme des wagons et des locomotives. Un dragon en fer qui crache sa fumée noire au milieu d’une campagne et d’une végégation immaculée, fantasmagorique et mythologique, à peine aperçu, dans le premier opus La complainte du sentier pour évoquer l’enfance rêveuse et aventureuse de son héros. Un moyen de locomotion pour le conduire à la ville et à ses études, dans le second opus L’invaincu, pour évoquer son adolescence et son avidité de connaissances du monde moderne, qui le contraindra à quitter sa mère. Enfin, un moyen pour en finir dans le dernier opus Le monde d’Apu, pour mieux filmer la cruauté de l’âge adulte. Le génie du cinéaste indien nous vaut des scènes à chaque fois chargées d’émotion contenue et de pudeur à pleurer. Un train qui fait le bonheur et le malheur de la mère d’Apu, un train qu’Apu rate exprès pour faire plaisir à sa mère, un train qu’il prend trop tard pour pouvoir la revoir encore en vie, un train qu’il ne prend pas à temps pour assister à l’accouchement funeste de son épouse, un train qu’il préfère finalement frôler au lieu de s’y abandonner. Frôler la tête baissée, l’âme dévastée.

.

Filed under: fantômes et coquilles, Inde — Étiquettes : , — Rom @ .

Dans le sombre chemin d’un rêve
j’ai cherché celle que j’aimais dans une vie antérieure.
Sa maison était située au bout d’une rue désolée.
Dans la brise du soir
son paon favori sommeillait sur son perchoir
et les pigeons étaient silencieux dans leur coin.
Elle posa sa lampe sur le seuil
et se tint debout devant moi.
Elle leva ses grands yeux vers moi
et en silence demanda : “Êtes-vous bien, mon ami ?”
Des larmes brillèrent dans ses yeux.
Elle me tendit sa main droite.
Je la pris et demeurai silencieux.
Notre lampe vacilla dans la brise du soir
et s’éteignit.

Rabindranâth Tagore, Le jardinier d’amour.

La complainte du sentier

Filed under: fantômes et coquilles, Inde — Étiquettes : — Rom @ .

1lac1

1lac2

1lac4

1lac5

1lac7

1lac8

1lac9

1lac10

Des mains qui réchauffent un corps transi, des mains charnelles et nourricières, une main gauche chapardeuse, une main droite qui repose en paix.
Dans La complainte du sentier, l’immense réalisateur indien Satyajit Ray accorde aux mains des personnages une première importance. Jusqu’à leur faire incarner une âme en partance. Dans un geste éminemment poétique et poignant.

Paresseuse, pourquoi t’entêtes-tu à attendre la pluie ?

La journée s’achève. L’eau du saint étang s’assombrit. Le ciel a trop bu et gronde son ennui. Les araignées d’eau s’affolent à l’annonce de la grosse averse et les nuages noirs menacent également la quiétude de ton foyer.
Qu’attends-tu, jeune fille, pour rentrer à la maison ?

Paresseuse, pourquoi restes-tu là à danser sous la pluie ?

Paresseuse

Filed under: fantômes et coquilles, Inde — Étiquettes : , — Rom @ .

apud1

Paresseuse, pourquoi restes-tu là à jouer avec tes bracelets ?
Remplis ta cruche, il est temps pour toi de rentrer à la maison.

Paresseuse, pourquoi de tes mains agites-tu l’eau,
tandis que ton regard capricieux s’amuse à chercher
quelqu’un sur la route.
Remplis ta cruche et rentre à la maison.

La matinée s’achève. L’eau sombre s’épanche.
Les vagues paresseuses rient et chuchotent entre elles
en jouant.
Les nuages errants s’amoncellent à l’horizon sur les collines lointaines.
Ils s’attardent paresseusement à regarder ton visage
et s’amusent à lui sourire.
Remplis ta cruche et rentre à la maison.

Rabindranâth Tagore, Le jardinier d’amour.

.

Le lion du soleil

Filed under: fantômes et coquilles, Inde — Étiquettes : — Rom @ .

hfantomesindiens

Une âme poète ?
Une âme tzigane qui danse avec les étoiles
et flirte avec la lune,
qui chante l’univers et tutoie les anges.
Elle seule connait le langage secret du lotus et de la rosée,
des fleurs et des abeilles,
de la Nuit et du Ciel.
Elle seule reconnaît le chemin antique de l’Extase.
Ivre de beauté et de plaisirs charnels,
le poète cherche à dissuader l’ascète.
C’est pourquoi, de sa prison mortelle,
il fait de ses grâces un rêve immortel.
Prends garde, ami voyageur,
l’âme rom de Rabindranâth Tagore le bangali connait les chemins de ton coeur secret.

.

Filed under: fantômes et coquilles, Inde — Étiquettes : — Rom @ .

1swadff

Mon coeur, oiseau du désert, a trouvé son ciel dans tes yeux.
Ils sont le berceau du matin, ils sont le royaume des étoiles.
Leur abîme engloutit mes chants.
Dans ce ciel immense et solitaire laisse-moi planer.
Laisse-moi fendre ses nuages et déployer mes ailes dans son soleil.

Rabindranâth Tagore, Le jardinier d’amour.

.

Filed under: épouses et concubines, Inde — Étiquettes : — Rom @ .

Tes yeux m’interrogent, tristes, cherchant à pénétrer ma pensée ;
de même la lune voudrait connaître l’intérieur de l’océan.
J’ai mis à nu devant toi ma vie toute entière, sans en rien omettre
ou dissimuler.
C’est pourquoi tu ne me connais pas.
Si ma vie était une simple pierre colorée, je pourrais la briser en cent morceaux
et t’en faire un collier que tu porterais autour du cou.
Si elle était simple fleur, ronde, et petite, et parfumée, je pourrais l’arracher
de sa tige et la mettre sur tes cheveux.
Mais ce n’est qu’un coeur, bien-aimée. Où sont ses rives, où sont ses racines ?
Tu ignores les limites de ce royaume sur lequel tu règnes.
Si ma vie n’était qu’un instant de plaisir, elle fleurirait en un tranquille sourire
que tu pourrais déchiffrer en un moment.
Si elle n’était que douleur, elle fondrait en larmes limpides, révélant
silencieusement la profondeur de son secret.
Ma vie n’est qu’amour, bien-aimée.
Mon plaisir et ma peine sont sans fin, ma pauvreté et ma richesse éternelles.
Mon coeur est près de toi comme ta vie même, mais jamais tu ne pourras le
connaître tout entier.

Rabindranâth Tagore, Le jardinier d’amour.

Older Posts »

Propulsé par WordPress.com.