Nexus six

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Morveux

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(Alors, comment il s’appelle ?)
Morveux.
(T’as dit Morveux ?)
Ouais, c’est çà.
(“Morveux”, çà lui plait ? Ce type que sa mère s’est fait chier à appeler Omar Isaiah Betts. Tu sais, il oublie sa veste. Son nez se met à couler et un connard, au lieu de lui passer un kleenex, l’appelle “Morveux”. Et voilà, il est baptisé pour toujours. C’est vraiment pas juste.)
Faut croire que c’est la vie.
(Alors, qui a tué Morveux ?)
Je ne vais pas au tribunal. Quand même, cet enculé aurait pas du le tuer.
(C’est très vrai.)
Il aurait pu lui casser la gueule, comme on fait d’habitude.
(Je suis bien d’accord.)
Et il tue Morveux. Morveux fait les mêmes trucs depuis des années. Tuer un mec pour des conneries. Tous les vendredis soirs, dans la ruelle derrière le magasin discount, on joue aux dés. Avec les gars du quartier, on joue toute la nuit. Et chaque fois, Morveux venait lancer les dés. Il jouait jusqu’à ce qu’il y ait une cagnotte puis il se cassait avec.
(Chaque fois ?)
Il pouvait pas s’en empêcher.
(Que je te comprenne. Tous les vendredis soirs, toi et tes potes, vous jouez aux dés. Et tous les vendredis soirs, ton pote Morveux attendait qu’il y ait de l’argent sur la table et puis se cassait avec en courant ? Vous le laissiez faire ?)
On lui cassait la gueule. Mais personne est allé plus loin.
(Laisse moi te poser une question. Si Morveux se tirait chaque fois avec l’argent, pourquoi vous le laissiez jouer ?)
Quoi ?
(Si Morveux volait toujours l’argent, pourquoi le laissiez-vous jouer ?)
Fallait bien. On est en Amérique.

Apocalypse now…
Welcome in Baltimore, USA. Have a nice trip…

The Wire

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De Baltimore, cité portuaire du Maryland, ville mortuaire d’Edgar Allan Poe, nul ne peut s’évader, tout au moins impunément. Représentants de l’ordre et hors-la-loi, petits ou grands, sont logés à la même enseigne. La plupart de ses habitants également. Dockers, chômeurs à temps partiel, futurs chômeurs à plein temps, putes locales ou d’ailleurs, futures putes, futures mortes ou mortes-vivantes, déshérités en tous genres, noirs ou blancs. Ceux ou celles qui résistent à son oppression finissent impitoyablement dans son estuaire. Même lestés, leurs corps- martyrs remontent toujours à sa surface. Toujours recrachés et rendus à la ville, jamais au comté voisin. Sur la table d’autopsie de sa morgue bondée, jamais rassasiée, échouent également les plus rêveurs. Après avoir goûté au bitume de ses rues, aux murs de ses squatts. Un bitume, des murs qui ont beaucoup à témoigner sur la violence qui gangrène la ville. Sous les pavés, encore des pavés, jamais la plage. Portuaire ne veut pas dire balnéaire. Animé par une sourde volonté de quitter son milieu natal, celui de la rue, celui des gangsters, Stringer Bell fut le plus grand de ces rêveurs. C’était qui ce mec ? Son rêve américain finira là où il l’avait conduit. Dans un immeuble en construction, qui ne sera jamais achevé. Comme tous les rêves. La faute à plus vicieux et plus puissant que lui : le monde véreux de la politique et de la finance, intimes à en vomir. Avon Barksdale, quant à lui, est un gangster pour toujours. Il restera à jamais prisonnier de Baltimore. De ses coins de rues à deals : son seul horizon. Marquer son territoire est son unique but. Il ne franchira jamais les quartiers ouest de Griseville.
Baltimore est la grande salope de The Wire, série sublime et démentielle créée par David Simon et co-écrite avec Ed Burns. Ses amants les plus cannibales ne sont ni Stringer Bell, ni D’Angelo Barksdale, mais bel et bien ceux qui la baisent officiellement : ses huiles et ses élus corrompus. De tous les personnages de The Wire, Omar Little est son amant le plus fidèle et le plus sincère. Le plus flamboyant. Le seul à pouvoir l’aimer. Le seul à réussir à la baiser en douce, à en connaître et à en investir le moindre recoin. A finalement lui échapper tout en ne pouvant la quitter. A une exception près, à s’en tirer chaque fois plus vivant qu’avant. Omar est un survivant de l’apocalypse. Pour ce personnage en marge des marginaux, totalement affranchi, nul besoin de s’en évader. Il est chez lui. Et s’y sent parfaitement à l’aise. Omar Little, après des replis stratégiques ou récréatifs, revient toujours à elle. Ce Scarface-là est tragique. Davantage que l’une des plus grandes séries jamais pensées, écrites, réalisées et interprétées, The Wire est son écrin.

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Ecoute Bey. Si tu vises le roi, faut pas te planter… çà fait partie du jeu, yo… : Omar Little.

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