






Dire de L’adversaire qu’il raconte l’obsession première de son auteur : voir, entendre, sentir et goûter à nouveau son enfance perdue, pour retrouver sa pureté et son innocence, pour garder son âme farouche et rebelle. Par où la geste poétique et onirique passe aussi nécessairement. Le cinéma de Satyajit Ray est voué à retrouver l’odeur envoûtante du frangipanier au pied duquel il se réfugiait pour révasser et se prélasser, à pouvoir retrouver la lumière tendre et authentique d’un paradis immaculé duquel il s’est exilé, à en retrouver ses bruits et ses charmes.
Dire aussi de L’adversaire qu’il met en scène, brillamment, deux autres thèmes chers à Satyajit Ray : la peur de l’enfermement, donc de la ville, et la peur de perdre son identité indienne. Vécues par le héros du film, Siddharta, dont l’obsession est d’entendre à nouveau le chant d’un oiseau, qui, jamais, ne pourra chanter le même refrain enchanté dans une cage d’un marché de Calcutta (figurant du même coup le sort de l’homme qui ne peut reproduire le même refrain dans une ville où, encagé, il est soumis à la promiscuité de ses contemporains), et de retrouver l’âme insoumise d’une soeur vendue à la ville et bientôt à l’occident.
Dire encore que Satyajit Ray, dans son emploi des flashbacks, fulgurants et pertinents, filme de sublimes haikus.
Dire enfin que Satyajit Ray, précellent à filmer des jeunes femmes et des jeunes filles en fleurs, l’est aussi à filmer de suprêmes échappées, celle notamment où, dans un beau moment suspendu, on voit les deux tourtereaux, du haut d’un building, s’évader de la foule grouillante de Calcutta. Ainsi que dans sa manière éminemment poétique de conclure un film.














