Nexus six

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Rien ne dit
dans le chant de la cigale
qu’elle est près de sa fin.

Bashô

Rome

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romcleo

Les Soprano et Rome, deux séries produites par la fameuse compagnie HBO (la référence en termes d’intensité et de qualité d’écriture), ont, outre leurs racines latines, bien des points communs. Avant tout, celui de pulvériser les limites connues des genres auxquelles elles se rattachent, réduisant à de simples nota bene les meilleurs films évoquant la mafia et la Rome antique. Le sexe, la violence, le pouvoir, thèmes inhérents à ces deux genres cousins, ne trouvent ici aucune censure. Les Soprano et Rome plongent le spectateur dans des documentaires crus et sans ambages, mais ô combien fascinants, sur les moeurs des mafiosi et des Romains (dévoilés dès le fantastique générique à travers des graffitis animés), rendant les histoires qu’elles racontent plus précieuses que celles des Corleone ou de Maximus. Les aventures de Pullo et Vorenus, davantage que celles de César et Pompée, valent tous les livres d’histoire. Mais si les chroniques de Tony Soprano s’apparentent à la comédie humaine, celles de Titus Pullo invoquent la tragédie. Antique mais distillée avec la plus grande des subtilités. Les morceaux de bravoure de la série ne se logent pas dans les batailles mais dans les rapports intimes des personnages. Dans un lit, dans un enclos pour esclaves, dans un sénat, dans une minuscule arène. Les petites histoires valent bien plus que la grande. Milius le grand forgeron fait taire la tragédie épique de Conan pour celle, infiniment pudique, de cet enfant gaulois réduit en esclavage qui, le regard hébété, reste blotti contre le corps putréfié de sa mère morte de dyssentrie. Pour celle du grand chef gaulois Vercingetorix qui, après avoir été étranglé en grandes pompes lors du sacre de César, voit son corps jeté en patures dans une porcherie, puis, à la nuit tombée, s’en voit soustrait par des esclaves gaulois pour d’émouvantes et dignes funérailles. A la lueur des flambeaux.
La première saison de Rome ne se clôt pas sur l’assassinat de César, mais sur une image magnifique, celle montrant Pullo le vétéran des guerres de César, une brute au coeur tendre (une projection de Milius), s’en aller, main dans la main, avec la belle Irène. La belle affranchie.

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rome381

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Une luciole
éclaire
une autre luciole morte

Koi Nagata

Le corps de Marc Antoine

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De prime importance chez Milius, le corps, avant tout, signe l’appartenance de son locataire à une tribu, un peuple, une vengeance, une mission. Mieux, à une âme soeur. Toujours dédicacé. Celui de Marc Antoine était tout dédié à Cléopâtre. Marqué d’un serpent, côté coeur. Jusqu’à la main qui la caressait tant. Le corps de Marc Antoine, décadent et grimé, était devenu le temple de Cléopâtre. La dernière reine d’Egypte en avait fait son temple érotique, son temple païen, son temple égyptien. Version fin de civilisation. Le corps autrefois romain n’était pas aussi sensuel. Vorenus aura beau redonner à Marc Antoine son corps d’origine, en le rêvetant de son armure romaine, en le statufiant, en le théatralisant, les larmes et les baisers de Cléopâtre viendront lui rendre son corps de coeur. Son corps aimant, son corps amant. Et presque lui donner une seconde vie. Avant que la petite reine d’Egypte n’offre à l’aspic son corps à elle.

La passion de Marc Antoine

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Cléopâtre et Marc Antoine, un couple hollywoodien jusque-là. Délavé, très anglo-saxon. Dénaturé, glamour, bienséant, très respectable. Très Taylor et Burton. Très Mankiewicz. Jusqu’à Rome, jusqu’à John Milius qui dynamite le mythe. Qui le rend caduque. Sans pour autant annuler Elisabeth et Richard. Son Cléopâtre et Marc Antoine, follement passionné et débauché, est friand de partouzes géantes. Tandis qu’Octave, futur Auguste, est tout occupé à essayer de “civiliser” les moeurs des Romains. Bientôt chrétiens. Les préparer au sexe réprimé, opprimé, restreint. Monothéiste, monogame, monotone. Le triumvir de Rome et la dernière reine d’Egypte, eux, baisent dans chaque recoin de leur palais d’Alexandrie. Contre chacune de ses colonnes papyriformes. Débarassés de l’apparat royal. Lui, en gypsy magnifique, des bijoux plein la poitrine, fardé et voilé à l’oriental. Elle, en sauvage amazone. Jouant au tir à l’arc aux dépens de ses conseillers. Ambiance décadente et orgiaque fin de règne, très fellinien. Fin dynastique, fin des Ptolémées. Fin de la grandiose Egypte, déjà bien consommée. Avant ce fameux double suicide, désaccordé. A l’épée romaine et à l’aspic égyptien.

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