Nexus six

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Il faut marcher seul, sans commettre de péché, avec peu de souhaits, comme un éléphant dans la forêt.

Ghost in the shell : Innocence, Mamoru Oshii.

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Où va aller la “nouvelle née” ?

Motoko Kusanagi, Ghost in the shell.

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Mais… mais… je ne voulais pas devenir une poupée…
Je m’en vais.

To-o kami emi tame

Ghost in the shell 2 : Innocence, Mamoru Oshii.

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Ghost in the shell

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Corps et âme

Veni sancto spiritus, çà fait un bail major, comment dois-je m’adresser à toi ?, c’est ainsi que Batou accueille Kusanagi dans Innocence, le second volet de Ghost in the shell. Le véhicule, la communication et l’âme, telles sont les préoccupations du cinéaste et les questions qu’il pose, telles sont les problématiques rencontrées par ses personnages. Peintre, poète et philosophe, Mamoru Oshii infuse à sa mise en scène et à ses images un sens métaphysique éblouissant et vertigineux.
Si l’âme du second opus est cette fillette promise à devenir une gynoïde (cyborg conçue à des fins sexuelles), l’âme du premier est le major Motoko Kusanagi, cyborg au corps sublime chargée, au sein de la section 9 du ministère de l’intérieur, de mettre fin aux agissements de pirates informatiques. Ghost in the shell parle de sa quête d’identité : Motoko veut savoir si sa mémoire est réelle ou inventée, si le “fantôme” a existé avant d’être implanté dans la “coquille”. Le film trouve sa conclusion dans un ancien muséum d’histoire naturelle, sur la fusion quasi-divine entre le maître des poupées (en quête d’une enveloppe) et Kusanagi (en quête d’un supplément d’âme). L’Evolution de la Vie vient de franchir une nouvelle étape, pleine de promesses : la conscience, humaine ou non, vient de trouver un nouveau vecteur pour exister et se perpetuer indéfiniment : la matière n’est plus indispensable. Comme Mike, l’ordinateur central de Révolte sur la Lune, le formidable roman de Robert A. Heinlein, et comme Hal de 2001, le puppet master, au fil des informations qu’il a acquises, s’est transformé en entité consciente.

Quand je danse, une belle fille se laisse aller au fil du vertige. Quand je danse, la lune qui m’éclaire fait résonner certains souvenirs, Dieu descend du ciel pour assister au mariage et
l’oiseau Nue chante à l’aube.

Ces paroles sont celles du score terrassant de Kenji Kawai, elles s’inspirent de la poésie japonaise classique vieille de 1000 ans. Elles sont le reflet de mon sentiment d’avoir été bercé par une sensualité et une poésie magnifiques, en goûtant aux intenses et délicieux “stripteases” de Kusanagi, en assistant à sa naissance et à sa mort physique, à sa réincarnation, en plongeant aussi dans son regard immense, jusqu’à l’extase. Elles se terminent par la formule shintoïste destinée à réveiller l’esprit de Dieu : To-o kami emi tame.

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Avalon

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Y a t-il une limite au cinéma d’Oshii ? On peut se poser la question tant ce dernier repousse sans cesse les frontières. Les abolir a toujours été le dessein du génie nippon. A l’image de tous ses films, Avalon est une quête. Une aventure vitruelle pour se soustraire de l’ennui et de la solitude, comme remède à la banalité et à la médiocrité du quotidien. Un voyage au centre du cerveau humain : électrique, traversé de courants alternatifs. Un voyage excitant et contemplatif. Un voyage du langage. Un voyage en sépia, esthétique et fétichiste, poétisé par des rimes et des sonnets cinématographiques toujours aussi saisissants. Un voyage dans le Grand Nulle Part, habité par les images de Bergman et de son Septième sceau. Un voyage obsédé par le regard de son héroïne, lui-même hanté par celui, immense et songeur, d’Anna Karina dans Alphaville. Un voyage et un regard en mélancolie. Une quête existentielle, habitée par Scott et son Blade Runner, par Tarkovski et son Stalker.
Au bout du voyage, un vertige toujours aussi métaphysique et renversant. Se libérer de la condition humaine, tout en révélant son humanité, tel est le Grand Dessein et le Grand Rêve selon l’otaku Oshii. A l’instar de ses précédents opus, Avalon est un grand film sur notre condition restrictive et la possibilité (ici illusoire puisque menant à la non-existence) d’y échapper. Dans le corps (en tant que véhicule et médium) et dans l’esprit. Nul doute que le graal pour Mamoru Oshii et ses héroïnes est d’atteindre le Grand Paradoxe, celui d’acquérir une conscience humaine supérieure (l’Elévation) libéré du carcan physique. Un nirvana cybernétique en somme.

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