
.
.
La tristesse

L’âme triste est pareille
Au doux ciel de la nuit,
Quand l’astre qui sommeille
De la voûte vermeille
A fait tomber le bruit ;
Plus pure et plus sonore,
On y voit sur ses pas
Mille étoiles éclore,
Qu’à l’éclatante aurore
On n’y soupçonnait pas !
Des îles de lumière
Plus brillante qu’ici,
Et des mondes derrière,
Et des flots de poussière
Qui sont mondes aussi !
On entend dans l’espace
Les choeurs mystérieux
Ou du ciel qui rend grâce,
Ou de l’ange qui passe,
Ou de l’homme pieux !
Et pures étincelles
De nos âmes de feu,
Les prières mortelles
Sur leurs brûlantes ailes
Nous soulèvent un peu !
Tristesse qui m’inonde,
Coule donc de mes yeux,
Coule comme cette onde
Où la terre féconde
Voit un présent des cieux !
Et n’accuse point l’heure
Qui te ramène à Dieu !
Soit qu’il naisse ou qu’il meure,
Il faut que l’homme pleure
Ou l’exil, ou l’adieu !
Lamartine.
.
L’accord parfait
La perfection. C’est de çà qu’il s’agit. De ces moments où l’on ressent la perfection de la création.
La beauté de la physique, les merveilles des mathématiques, l’exaltation de l’action et de la réaction.
C’est à ce genre de perfection que je veux être associé.
Daybreak part. 2, Battlestar Galactica.
Branchez-moi au vaisseau.
Ici l’amiral.
Afin d’écarter tout futur malentendu,
sachez que le Galactica a une longue histoire.
Il a mené maintes batailles.
Celle-ci est sa dernière.
Il ne nous décevra pas si on ne le déçoit pas.
Si nous réussissons notre mission, il nous ramènera à la maison.
Sinon, çà n’aura plus d’importance.
Aux postes de combat.
William Adama, Daybreak part.2, Battlestar Galactica.
Je vous le revaudrai un jour. Quand ce sera important…
Dîtes au patron qu’on est quittes.
Boomer, Daybreak part. 2, Battlestar Galactica.
Mais… mais… je ne voulais pas devenir une poupée…
Je m’en vais.
To-o kami emi tame…
Ghost in the shell 2 : Innocence, Mamoru Oshii.
.
L’aurore
D’abord, effleurer du doigt le graal tant désiré, chéri à l’avance. Ensuite, le caresser longuement, jusqu’à en découvrir tous les secrets, toutes les éclosions, toutes les émotions, toutes les fulgurances, même les plus muettes, les plus fragiles. Frissonner avec lui, en saisir toute la puissance et toute la beauté. Toute la poésie. Jusqu’au dénouement. Jusqu’à l’extase. Puis, pleurer. Avant de lui rendre une nouvelle fois hommage. Encore et encore, jusqu’au mot fin. Avant de vouloir goûter et saisir à nouveau, à la vie, à la mort, ses instants d’éternité et ses grâces infinies. Des machines dotées de libre-arbitre défilant avant de combattre aux côtés de leurs créateurs, et d’en être ensuite affranchis. Un vaisseau en feu héroïque suivi d’un orgasme. Une poupée explosive qui veut être quitte et qui scelle définitivement sa goupille. Le sauvetage heike d’un trésor. Un couple qui s’était perdu et qui se retrouve. Un être bio-mécanique aspirant à la perfection qui, tel Helios, devient soleil. Un ange qui, telle Aurora, s’évanouit après avoir conduit la nouvelle tribu dans son nouveau pays. Avant de rejoindre son soleil, son âme soeur. Un dernier vol de raptor au-dessus d’un lac de flamants roses. Un patriarche qui, pour permettre à ses enfants de s’épanouir, s’exile au sommet d’une montagne pour y construire une cabane avec un jardin, à un souffle de la tombe de son épouse posthume. Une enfant de la lune et du soleil bientôt mère d’une nouvelle humanité qui, le regard immense et le visage caressé par la brise du matin, batifole dans une frêle prairie, dans une nature encore vierge du désir des hommes. Enfin, une poupée bientôt explosive et bientôt douée de pensées dans une devanture d’un magasin hi-tech de New York City, bien des années plus tard. Une future maman d’une future Hera.
L’aventure s’est achevée un samedi matin, presqu’à l’aube. Nous étions le 21 mars de l’année 2009. Et ce graal se prénomme L’aurore. Autrement dit un miracle, un chef d’oeuvre absolu d’écriture, d’interprétation et de mise en scène, un chef d’oeuvre de la pensée et du regard, qui appartient à une race de métrages trop rare. De ceux qui vous donnent le grand frisson. De ceux qui s’écrivent avec le sang, les tripes et l’âme. De ceux qui vous accompagnent et vous lient toute une existence. Un vertige sublime montrant les derniers survivants de l’espèce humaine et des cylons en quête d’humanité frapper à la porte du paradis. Tétanisant. Déjà une légende. Une légende qui a donné à la métaphysique un visage humain, qui a parlé de condition humaine en citant Rabindranâth Tagore, qui a doté de pensées des poupées cruciales et flamboyantes. Une légende nommée Battlestar Galactica.
Someone to watch over me…
Personne ne doit se sentir obligé de prendre part à cette mission,
de quelque façon que ce soit !
C’est une décision qui n’engage que moi.
S’il s’avère qu’il n’y a pas assez de personnel pour s’occuper du Galactica,
alors je mènerais un assaut avec des Raptors avec tous ceux qui se joindront à moi.
Qu’on ne se fasse pas d’illusions !
C’est probablement un voyage sans retour !
Il y a une ligne qui parcourt ce pont.
Volontaires, déplacez-vous côté tribord.
Tous les autres, côté babord.
Faites votre choix…
Amiral Adama, Daybreak part. 1, Battlestar Galactica.
.
Les enfants d’Hera
This has all happened before and it will happen again…
De la folie récurrente des hommes, ce matin-là, je devais encore être le témoin.
Des paroles de l’hybride, une nouvelle fois investie,
j’étais aux premières loges pour assister à la Grande Catastrophe,
la dernière avant la suivante,
J’étais là pour les préparer à la prochaine,
jusqu’à ce qu’ils quittent à nouveau le nid,
pour retrouver le chemin des étoiles.
J’étais là depuis l’aube des temps.
Je serais encore là, à chacune de leurs erreurs et à chacun de leurs génocides,
A chacun de leurs exodes, à chacune de leurs fuites,
A chaque fois qu’ils rêveront d’extase et de paradis.
Je serais toujours là pour les guider.
Pour leur mentir et leur dire la vérité.
Ce matin-là, les cieux étaient d’un bleu souverain et insouciant.
J’étais aussi là pour soulager ceux qui allaient survivre, et préparer ceux qui allaient mourir.
Et renaître.
Il était 8h46 ce matin-là.
Nous étions le 11 septembre dans le calendrier des hommes.
La jeune lune

“D’où je suis venu ? Où m’as-tu trouvé ?” demande Bébé à sa mère.
Elle pleure et rit tout à la fois et, pressant l’enfant sur sa poitrine, lui répond :
“Tu étais caché dans mon coeur, mon chéri, tu étais son désir.
Tu étais dans les poupées de mon enfance et quand, chaque matin, je modelais
dans l’argile l’image de mon dieu, c’était toi que je faisais et défaisais alors.
Dans tous mes espoirs, dans toutes mes amours, dans ma vie, tu as vécu.
Dans l’adolescence, quand mon coeur ouvrait ses pétales, tu l’enveloppais,
comme un parfum flottant.
Ta délicate fraîcheur veloutait mes jeunes membres, tel le reflet rose qui précède l’aurore.
Toi, le chéri du ciel, toi dont la soeur jumelle est la lumière du premier matin,
tu as été emporté par les flots de la vie universelle, qui t’a enfin déposé sur mon coeur”…
Rabindranâth Tagore, La jeune lune.




