Nexus six

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Aux rayons de soleils

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Spleen

J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.

Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C’est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
- Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où, comme des remords, se traînent de longs vers
Qui s’acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
Seuls, respirent l’odeur d’un flacon débouché.
Rien n’égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L’ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l’immortalité.
- Désormais tu n’es plus, ô matière vivante !
Qu’un granit entouré d’une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d’un Saharah brumeux ;
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l’humeur farouche
Ne chante qu’aux rayons du soleil qui se couche.

Charles Baudelaire.

En lisant ce poème que j’aime et qui m’aime,
je songe à mes souvenirs que j’aime et qui m’aiment,
à mes très chers déjà vus,
aux anges échus de Tarkovski ou d’Oshii,
aux flics déchus et aux putes angéliques d’Ellroy,
aux rêveuses de Victor Hugo et aux dormeuses de Charles Cros,
au dormeur du val,
à l’Ophélie de Rimbaud et d’Argento,
aux amoureux et aux amoureuses de Tagore,
à la lune et à la mer de Baudelaire,
à mes dormeuses et à mes dormeurs,
à la mer silencieuse et noire qui, d’astre en astre, attend avec nonchalence l’aventurier de demain,
à mes frères et soeurs d’âmes,
aux explorateurs et aux archéologues, à ceux d’hier et à ceux du futur,
à Howard Carter et au Capitaine Jean-Luc Picard,
à Hera dans National Geographic,
à la fille projetée de Boomer et de Galen,
au “I’m coming for all of you” de Laura Roslin,
au “All along the watchtower” de Kara Thrace,
à la destruction du vaisseau résurrection,
aux chauds sanglots et aux morts de Boomer, aux visions de Leoben,
aux centurions défilant sur le pont du Galactica,
au dernier vol et aux flamants roses de Laura Roslin et William Adama,
au dernier combat et au dernier saut du Galactica, à son dernier voyage,
aux adieux de Kara,
à la perfection de Sam,
au dernier voyage de Kosh et Sheridan,
à l’âme pure et chevaleresque du Marcus d’Ivanova,
à la plus belle aube de Minbar,
à la main de Delenn qui, chaque aurore, parvient à atteindre et à caresser son soleil,
à l’empreinte de G’Kar partout laissée sur l’héroïque station Babylon 5, et dans les âmes de ceux qui l’ont entendu,
au vaisseau en feu d’Hiroshi,
aux poèmes flamboyants de Batty,
aux jouets de J.F Sebastian,
aux larmes de Rachel, à la langue morte de Pris,
à la frêle poitrine de Catherine Spaak, au sourire enjôleur du gracile et grâcieux Chevalier de Maupin,
à la blanche Mariko Okada, aux pétales envolées et écarlates d’Akitsu,
à la fille du puisatier qui voudrait se cacher dans une boîte,
aux danses enflammées de Shah Rukh Khan, au regard en or de Kajol,
à l’âne Balthazar qui, lentement un matin, s’est endormi au milieu d’insoucieux moutons,
aux vertiges et aux quantiques de Carpenter,
aux rêves enfouis de John Ford, aux chevauchées du Duke,
aux bras de John Wayne portant au ciel la jeune Debbie,
aux larmes travesties de Melville,
aux dernières vérités d’Illyria,
à Buffy qui, dans la Bouche de l’enfer, se relève pour dire merde au Premier,
au sourire et à la mort d’un Rayon de soleil,
à la mort et au sourire de Daniela,
aux lucioles de Takahata,
aux braquages et aux échappées d’Omar Little,
au cimetière des éléphants, au royaume de Jane et Tarzan,
au bain de la comtesse de Lyndon,
aux derniers feux et aux dernières ombres du Berlin de La chute,
aux vents de Phenomena,
au “toute résistance est futile” des Borgs, et des profanateurs de Ferrara,
à l’oiseau rouge de Mugen,
aux trompettes d’Alamo,
à la main droite et à la main gauche de Durga,
aux rosées et aux lotus de Satyajit Ray,
aux lagons perdus de Michael Mann,
à l’avant dernier mohican et à la jeune fille qui n’a jamais atterri,
aux larmes de Billie Frechette,
aux évasions de John Dillinger,
à la flûte enivrante et au tigre endormi du Sixième sens,
à l’aube nouvelle de Max le taxi,
aux zombies liminaires et insouciants du Jour des morts-vivants,
aux souvenirs de Bub, à la révolte de Big Daddy,
au précieux de Gollum,
à la communauté de l’anneau,
au fils à venir d’Arwen et d’Aragorn,
à King Kong qui apprend aux bus et aux blondes à voler, à son royaume perdu,
à Tabata qui apprend à sa future tendre à voler puis à suspendre son vol,
aux prostituées libérées de Kill, la forteresse des samouraïs,
aux seins nus des femmes létales et tatouées de Gosha, à leurs corps à corps,
au corps dédié et oriental du Marc-Antoine de Milius,
aux orgies et au lit orphelin de Cleopâtre et Marc-Antoine,
aux voix et aux fresques érotiques du Narcisse noir qui, jusqu’à la fin des temps, continueront à s’extasier,
au lac d’Anju qui, toujours, murmure son refrain affligé,
aux voix d’outre-tombe et aux cerisiers de Mizoguchi qui, chaque jour, délivrent un remords et voient une fleur s’envoler,
à la Yang Kwei-fei de Bai Ju-yi,
aux rivières de Naruse,
à mes oreilles charmées par la sonorité des bijoux chevillés aux danseuses de Bollywood,
à mes oreilles bercées par les symphonies de Bear McCreary, par les mélancolies de Philip Glass, par l’”Au clair de lune” de Beethoven et de Van Sant, par la voix de Lata Mangeshkar pour “Kucch dil ne kaha”,
à mes oreilles enivrées et extasiées par des langues chantantes et lointaines, mais malgré tout familières, par le “Chaiyya Chaiyya” de Sapna Awasthi et Sukhwinder Singh, par les accents heike de Blade Runner et Battlestar Galactica, par les “To-o kami emi tame” des Ghost in the shell,
à mes oreilles chavirées par le trip fantômatique de Mugen, ou le trip lunatique d’Argento et de Donaggio,
à mes oreilles bouleversées par les plaintes de Nang Nak,
à mon coeur enflé par les tambours du Japon, ou le Morricone de Colorado et de Navajo Joe,
à mes narines flattées par des parfums caressants et lointains, mais autrefois si proches,
à mon palais et à mes yeux ravis des saveurs et décors du très indochinois “Madame Butterfly”,
à mes yeux ensorcelés par les danses du ventre de Salma et Malaika, ou par la poitrine de Faye Valentine,
à mes yeux enorgueillis par les saris et les étoffes fragiles,
à mes yeux fiers d’avoir contemplé et admiré le majestueux Sphinx et les pharaoniques pyramides, les magnifiques fresques du tombeau de Ramosé,
à mon regard enchanté d’avoir baisé les rives fleuries et prodigues du Nil, et au-delà, d’avoir soupçonné un désert parfait,
à mes pas subjugués d’avoir, à Karnak et au temple de Louxor, arpenté la terre arpentée il y a 3300 ans par les pieds royaux et complices de Touthankamon et Nefertiti,
à mes pas effarés d’avoir foulé la terre tombale et rosée des pharaons, la Vallée matricielle des Reines, la Vallée phallique des Rois,
d’avoir, sur le pont et dans le salon du S.S Karnak d’Agatha Christie, calqué mes pas et mes cocktails sur ceux d’Hercule Poirot,
à mon âme éblouie d’avoir partagé le tombeau de quelques Reines d’Egypte, d’avoir partagé le lit poétique des princesses thaïs ou khmers,
à mon âme irradiée de tous ces très chers souvenirs,
à mon âme avide de rêveries et de souvenirs futurs ; à Pétra, à Abu Simbel, à Pompei, à Rome, à Borobudur, à l’île d’Elephanta, à Jaipur, à Jodhpur, à Udaipur, à Khajuraho, au Taj Mahal, aux bains d’Hakone, aux daims de Nara, aux temples shintô, aux lagons de Bora Bora et ses soeurs, aux gorges du Verdon, aux jungles et aux volcans de Java, à Monument Valley et au Grand Canyon, au lac Powell de La planète des singes et à Yellowstone, aux cratères de la Lune, à l’ardente Venus, au sable rouge de Mars, aux vents de Jupiter, aux lacs de Titan, aux anneaux de Saturne, aux glaces de Pluton, aux soleils d’Alpha du Centaure, à Gliese 851, et à plus loin encore,
à mon âme envieuse de chimèriques amazones et de cités enfouies, d’explorer les merveilles perdues ou mythiques, des jardins suspendus de la fière Babylone au temple d’Artemis, de la tour de Babel aux harems de l’Inde pré-victorienne, en passant par le palais oublié et fantastique du Voleur de Bagdad, ou encore Fondcombe, La Moria, Minasterith, le gouffre de Helm, Osgiliath, Lorien, les tours de l’Isangar et du Mordor, la Comté, le Bradbury Building et les pyramides de la Tyrell Corporation, Naboo et Coruscant, la planète-mère des Vorlons et ses secrets, Z’ha’dum et ses ombres, Risa et ses sirènes…
Aussi, me sera-t-il permis, cet automne au pays du sourire, de louer et, plus profondément encor, d’aimer ce très cher poème de Baudelaire aux pieds des temples enlacés d’Angkor, aux pieds du Bayon ou du Ta Phrom, maintes fois visités, il y a peu, et bien longtemps, sous d’autres hospices, papillon qui, avec délice, s’en exhalait ou serpent qui, languissamment, la moindre pierre en caressait, jeune tigre rôdeur au feulement curieux ou petit singe mendiant et voleur, tailleur d’apsaras ou joueur de flûtes enchantées.

Aux rayons de lunes aussi.

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Aux temps frivoles

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Aux voix, aux soupirs,
des temps lointains ou des confins de l’Univers,
le poète est obligé.
Aux voix perdues des antiques rivages, comme aux voix langoureuses des quantiques archipels,
le poète, la nuit, s’enivre. 
Aux soupirs des sirènes du Nil ou du Sarasvatî, comme aux soupirs des sirènes des Mondes inconnus, à leurs chants mélodieux et captivants qui, dans les coeurs des voyageurs, échouent pour, jamais, ne s’y retirer,
le poète, envoûté, s’abandonne tout entier.
A l’heure misérable où le voile, de morte rigueur, soustrait et ne dit Rien,
le poète se souvient
des voiles pleins de charmes et d’éclats qui, il y a trois mille ans, ne soustrayaient pas au monde la grâce magique de ses sirènes, dévoilant de fiers monts et de fières merveilles, de splendides chairs blanches comme de splendides chairs cuivrées ou dorées.
A l’heure moyen-âgeuse où le voile exclut et interdit, efface et désintègre, où toute prétendue pudeur n’est qu’alibi pour rester dans l’ombre de,
le poète rêve les rêves des papillons et les voiles érotiques de Demain ou D’ailleurs.
Aux temps des lions qui, aux pieds des gazelles, ne leur faisaient pas ombrages.
A l’heure où la sensualité entend être reprimée,
le poète pense aux temps où la flûte guidait les pas de danses célestes des maharis ou des devadasi.
Aux temps de Khajuraho.
Aux temps anciens où le Ciel, multiple et léger, n’imposait d’apparences et de rigueurs insensées.
Aux temps futurs où les Voyageurs de l’Infini, attirés par des mélodies inconnues, viendront à nouveau échouer aux pieds d’autres Circé, d’autres Durga.
Aux temps lyriques et frivoles.
Aux temps extatiques.

A toutes les Circé. A toutes les Durga.

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L’adversaire

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Dire de L’adversaire qu’il raconte l’obsession première de son auteur : voir, entendre, sentir et goûter à nouveau son enfance perdue, pour retrouver sa pureté et son innocence, pour garder son âme farouche et rebelle. Par où la geste poétique et onirique passe aussi nécessairement. Le cinéma de Satyajit Ray est voué à retrouver l’odeur envoûtante du frangipanier au pied duquel il devait se réfugier pour révasser et se prélasser, à pouvoir retrouver la lumière tendre et authentique d’un paradis immaculé duquel il s’est exilé, à en retrouver ses bruits et ses charmes. 
Dire aussi de L’adversaire qu’il met en scène, brillamment, deux autres thèmes chers à Satyajit Ray : la peur de l’enfermement, donc de la ville, et la peur de perdre son identité indienne. Vécues par le héros du film, Siddharta, dont l’obsession est d’entendre à nouveau le chant d’un oiseau, qui, jamais, ne pourra chanter le même refrain enchanté dans une cage d’un marché de Calcutta (figurant du même coup le sort de l’homme qui ne peut reproduire le même refrain dans une ville où, encagé, il est soumis à la promiscuité de ses contemporains), et de retrouver l’âme insoumise d’une soeur vendue à la ville et bientôt à l’occident, qui pourrait bientôt revêtir un uniforme d’”infirmière” lascive et vénale. 
Dire encore que Satyajit Ray, dans son emploi des flashbacks, fulgurants et pertinents, filme de sublimes haikus.
Dire enfin que Satyajit Ray, précellent à filmer des jeunes femmes et des jeunes filles en fleurs, l’est aussi à filmer de suprêmes échappées, celle notamment où, dans un beau moment suspendu, on voit les deux tourtereaux, du haut d’un building, s’évader de la foule grouillante de Calcutta. Et également dans sa manière éminemment poétique de conclure un film.

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Quand rapidement elle passa près de moi, le bout de sa robe me frôla.
Comme une île inconnue vint de son coeur une soudaine et chaude brise de printemps.
Un souffle fugitif me caressa, et s’évanouit, tel s’envole au vent le pétale arraché à la fleur.
Il tomba sur mon coeur comme un soupir de son corps et un murmure de son âme
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Rabindranâth Tagore, Le jardinier d’amour.

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Ecrins d’éternité

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“Une larme posée sur le visage de l’éternité”, a t-on dit à propos du Taj Mahal,

palais construit par l’empereur moghol Shâh Jahân en hommage à son adorée et défunte épouse Arjumand Bânu Begam.

Mais aussi The passage of time et Resurrection Hub, symphonies célestes de Bear McCreary dédiés à Hera et aux poupées explosives qui ne vont plus (re)naître, les notes diaphanes et mélancoliques du piano de Philip Glass, dédiées au(x) silence(s) de Caprica, La source thermale d’Akitsu de Kijû Yoshida, Ruby Rain de Pino Donaggio dédiée à l’Ophélie d’Argento, les poèmes de Rabindranâth Tagore, dédiés aux fleurs éphémères, à la future Durga et à la future Hera, les poèmes de Satyajit Ray, dédiés aux lucioles, aux absentes, et aux fantômes de Rabindranâth Tagore, les poèmes de Charles Cros, dédiés aux endormies, les hymnes de la nuit de Kenji Mizoguchi, pour l’amour d’Oshizu, d’Anju, de Yang Kwei-fei, les tombes de John Ford et de Victor Hugo, la mélopée d’Alamo

Les nuages de John Ford

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Nuages, collines de vapeur,
collines, nuages de pierre,
désir d’étreinte
qui se poursuit dans le rêve du temps.

Rabindranâth Tagore, Les lucioles.

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Epouses et concubines

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Sur les lèvres de Mariko ou de Rachel, s’épanouir et mourir comme un flocon de neige…
Déflorer la fille du puisatier, lui laisser un souvenir en lui laissant toutes ses pétales…
Naître d’un sourire ou d’une larme de Josette Day ou d’Hideko Takamine…
Naître d’un regard de Daniela ou de Catherine…
Conter fleurette à Magdeleine…
Sur du Morricone, avec Iris, perdre haleine…
Se faufiler dans les nuisettes de Tatiana ou de Mina, finir dans chacun de leurs soupirs,
Chaque jour, se réincarner dans les cigarettes de Winona, ou dans le boa de Salma…
S’oublier dans Ashlynn ou Zhang Ziyi, dans Deepika ou Draghixa…
Plonger dans les cieux de Motoko ou de Gene…
Se perdre dans ceux de Mylène…
Caliner Angel ou Jewel…
Décrocher la lune pour Isabelle…
Faire chaiyya chaiyya avec Malaika…
Croiser le sabre ou un milkshake avec Uma…
Faire des acrobaties galactiques avec Kandi ou Faye Valentine…
Consoler la mélancolie d’Hideko ou de Catherine…
Cajoler Kajol, ou les seins de Virginie…
Sauver Winifred et toutes les Lucie…
Sauver Boomer…
Sauver mon Rayon de soleil, puis partager sa tente avec toutes ses soeurs et toutes ses cousines…

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New York Masala

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Des mendiantes à New York ?
(Ce ne sont pas des mendiantes, c’est notre grand-mère)
Oh, Dadi. Jennifer Lopez ! Les Spice Girls !
:
Aman à Vieille sorcière.

Tout chercheur de cinéma(s) se doit de voir New York Masala. D’abord pour mesurer le bonheur immense que peut procurer le cinéma de Bollywood, y compris quand il s’épanouit aux Etats Unis. Mais aussi pour mesurer la grandiose interpretation de Shah Rukh Khan, qui, dans le rôle d’Aman (un ange qui passe mais qui reste dans les coeurs et les esprits), donne là l’une de ses plus grandes partitions : comique, romantique et tragique.
Aman débarque donc à New York et fait la connaissance d’une jeune femme au sourire éteint, qui vit dans le souvenir d’un père bien-aimé, qui ne cherche plus son âme soeur. Aman va lui réapprendre à sourire, et en profitera pour bouleverser son petit monde, sa mère propriétaire d’un restaurant indien (qui n’a pas de succès parce qu’il a oublié qu’il était indien), sa grand-mère dite Vieille sorcière dite Jennifer Lopez dite Spice Girl (qui invoque les Dieux en malmenant les oreilles de ses voisins), la petite Gia (sa demi-soeur, souffre-douleur de Vieille sorcière), la douce Sweetu (qui cherche déséspérement son prince charmant), Rohit, son ami de toujours (amoureux d’elle en vérité). Après avoir conquis le coeur de Naina, parce que son coeur à lui n’en a plus pour longtemps, Aman va jouer les cupidon. Avant de revoir sa Kajol lors d’une danse effrénée. Avant de faire pleurer tout le monde, y compris le spectateur. Kal Ho Naa Ho

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La jeune lune

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“D’où je suis venu ? Où m’as-tu trouvé ?” demande Bébé à sa mère.
Elle pleure et rit tout à la fois et, pressant l’enfant sur sa poitrine, lui répond :
“Tu étais caché dans mon coeur, mon chéri, tu étais son désir.
Tu étais dans les poupées de mon enfance et quand, chaque matin, je modelais
dans l’argile l’image de mon dieu, c’était toi que je faisais et défaisais alors.
Dans tous mes espoirs, dans toutes mes amours, dans ma vie, tu as vécu.
Dans l’adolescence, quand mon coeur ouvrait ses pétales, tu l’enveloppais,
comme un parfum flottant.
Ta délicate fraîcheur veloutait mes jeunes membres, tel le reflet rose qui précède l’aurore.
Toi, le chéri du ciel, toi dont la soeur jumelle est la lumière du premier matin,
tu as été emporté par les flots de la vie universelle, qui t’a enfin déposé sur mon coeur”…

Rabindranâth Tagore, La jeune lune.

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Des trains et Apu

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Le cinéma est né avec un train. Filmer des trains pour mieux filmer les hommes, c’est ainsi que Naruse, Ozu, Melville, dans un registre forcément différent, étaient passés maître dans l’art d’associer les deux. Naruse et Ozu, pour filmer des tourments et des solitudes au féminin. Melville, pour filmer des hommes en quête de liberté (Le cercle rouge, Le deuxième souffle). D’autres cinéastes, autant de mobiles. Leone, pour filmer avec mélancolie la conquète de l’Ouest. Spielberg, pour filmer l’horreur nazie. Renoir, pour évoquer des pulsions homicides à envergure encore humaine. Ratnam, et avant lui (en beaucoup plus frigide et donc avec beaucoup moins de talent), Hitchcock, pour filmer des ébats sexuels (Dil se, La mort aux trousses). Le plus grand de ces cinéastes ferroviaires, l’un des plus grands tout court, est Satyajit Ray, immense poète et immense humaniste (on ne le dira jamais assez), pour qui la vie d’Apu, le héros de sa trilogie, se conjugue au rythme des wagons et des locomotives. Un dragon en fer qui crache sa fumée noire au milieu d’une campagne et d’une végégation immaculée, fantasmagorique et mythologique, à peine aperçu, dans le premier opus La complainte du sentier pour évoquer l’enfance rêveuse et aventureuse de son héros. Un moyen de locomotion pour le conduire à la ville et à ses études, dans le second opus L’invaincu, pour évoquer son adolescence et son avidité de connaissances du monde moderne, qui le contraindra à quitter sa mère. Enfin, un moyen pour en finir dans le dernier opus Le monde d’Apu, pour mieux filmer la cruauté de l’âge adulte. Le génie du cinéaste indien nous vaut des scènes à chaque fois chargées d’émotion contenue et de pudeur à pleurer. Un train qui fait le bonheur et le malheur de la mère d’Apu, un train qu’Apu rate exprès pour faire plaisir à sa mère, un train qu’il prend trop tard pour pouvoir la revoir encore en vie, un train qu’il ne prend pas à temps pour assister à l’accouchement funeste de son épouse, un train qu’il préfère finalement frôler au lieu de s’y abandonner. Frôler la tête baissée, l’âme dévastée.

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Aparna

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Sharmila Tagore dans Le monde d’Apu.

Dans le sombre chemin d’un rêve
j’ai cherché celle que j’aimais dans une vie antérieure.
Sa maison était située au bout d’une rue désolée.
Dans la brise du soir
son paon favori sommeillait sur son perchoir
et les pigeons étaient silencieux dans leur coin.
Elle posa sa lampe sur le seuil
et se tint debout devant moi.
Elle leva ses grands yeux vers moi
et en silence demanda : “Êtes-vous bien, mon ami ?”
Des larmes brillèrent dans ses yeux.
Elle me tendit sa main droite.
Je la pris et demeurai silencieux.
Notre lampe vacilla dans la brise du soir
et s’éteignit.

Rabindranâth Tagore, Le jardinier d’amour.

La complainte du sentier

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Des mains qui réchauffent un corps transi, des mains charnelles et nourricières, une main gauche chapardeuse, une main droite qui repose en paix.
Dans La complainte du sentier, l’immense réalisateur indien Satyajit Ray accorde aux mains des personnages une première importance. Jusqu’à leur faire incarner une âme en partance. Dans un geste éminemment poétique et poignant.

Paresseuse, pourquoi t’entêtes-tu à attendre la pluie ?

La journée s’achève. L’eau du saint étang s’assombrit. Le ciel a trop bu et gronde son ennui. Les araignées d’eau s’affolent à l’annonce de la grosse averse et les nuages noirs menacent également la quiétude de ton foyer.
Qu’attends-tu, jeune fille, pour rentrer à la maison ?

Paresseuse, pourquoi restes-tu là à danser sous la pluie ?

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Paresseuse, pourquoi restes-tu là à jouer avec tes bracelets ?
Remplis ta cruche, il est temps pour toi de rentrer à la maison.

Paresseuse, pourquoi de tes mains agites-tu l’eau,
tandis que ton regard capricieux s’amuse à chercher
quelqu’un sur la route.
Remplis ta cruche et rentre à la maison.

La matinée s’achève. L’eau sombre s’épanche.
Les vagues paresseuses rient et chuchotent entre elles
en jouant.
Les nuages errants s’amoncellent à l’horizon sur les collines lointaines.
Ils s’attardent paresseusement à regarder ton visage
et s’amusent à lui sourire.
Remplis ta cruche et rentre à la maison.

Rabindranâth Tagore, Le jardinier d’amour.

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Le lion du soleil

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Une âme poète ?
Une âme tzigane qui danse avec les étoiles
et flirte avec la lune,
qui chante l’univers et tutoie les anges.
Elle seule connait le langage secret du lotus et de la rosée,
des fleurs et des abeilles,
de la Nuit et du Ciel.
Elle seule reconnaît le chemin antique de l’Extase.
Ivre de beauté et de plaisirs charnels,
le poète cherche à dissuader l’ascète.
C’est pourquoi, de sa prison mortelle,
il fait de ses grâces un rêve immortel.
Prends garde, ami voyageur,
l’âme rom de Rabindranâth Tagore le bangali connait les chemins de ton coeur secret.

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Mon coeur, oiseau du désert, a trouvé son ciel dans tes yeux.
Ils sont le berceau du matin, ils sont le royaume des étoiles.
Leur abîme engloutit mes chants.
Dans ce ciel immense et solitaire laisse-moi planer.
Laisse-moi fendre ses nuages et déployer mes ailes dans son soleil.

Rabindranâth Tagore, Le jardinier d’amour.

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Tes yeux m’interrogent, tristes, cherchant à pénétrer ma pensée ;
de même la lune voudrait connaître l’intérieur de l’océan.
J’ai mis à nu devant toi ma vie toute entière, sans en rien omettre
ou dissimuler.
C’est pourquoi tu ne me connais pas.
Si ma vie était une simple pierre colorée, je pourrais la briser en cent morceaux
et t’en faire un collier que tu porterais autour du cou.
Si elle était simple fleur, ronde, et petite, et parfumée, je pourrais l’arracher
de sa tige et la mettre sur tes cheveux.
Mais ce n’est qu’un coeur, bien-aimée. Où sont ses rives, où sont ses racines ?
Tu ignores les limites de ce royaume sur lequel tu règnes.
Si ma vie n’était qu’un instant de plaisir, elle fleurirait en un tranquille sourire
que tu pourrais déchiffrer en un moment.
Si elle n’était que douleur, elle fondrait en larmes limpides, révélant
silencieusement la profondeur de son secret.
Ma vie n’est qu’amour, bien-aimée.
Mon plaisir et ma peine sont sans fin, ma pauvreté et ma richesse éternelles.
Mon coeur est près de toi comme ta vie même, mais jamais tu ne pourras le
connaître tout entier.

Rabindranâth Tagore, Le jardinier d’amour.

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