


Ma belle amie est morte,
Et voilà qu’on la porte
En terre, ce matin
En souliers de satin.
Elle dort toute blanche,
En robe de dimanche,
Dans son cercueil ouvert
Malgré le vent d’hiver.
Creuse, fossoyeur, creuse
À ma belle amoureuse
Un tombeau bien profond,
Avec ma place au fond.
Avant que la nuit tombe
Ne ferme pas la tombe ;
Car elle m’avait dit
De venir cette nuit,
De venir dans sa chambre :
« Par ces nuits de décembre,
Seule, en mon lit étroit,
Sans toi, j’ai toujours froid. »
Mais, par une aube grise,
Son frère l’a surprise
Nue et sur mes genoux.
Il m’a dit : « Battons-nous.
Que je te tue. Ensuite
Je tuerai la petite. »
C’est moi qui, m’en gardant,
L’ai tué, cependant.
Sa peine fut si forte
Qu’hier elle en est morte.
Mais, comme elle m’a dit,
Elle m’attend au lit.
Au lit que tu sais faire,
Fossoyeur, dans la terre.
Et, dans ce lit étroit,
Seule, elle aurait trop froid.
J’irai coucher près d’elle,
Comme un amant fidèle,
Pendant toute la nuit
Qui jamais ne finit.
Charles Cros.
Nocturne
Bois frissonnants, ciel étoilé,
Mon bien-aimé s’en est allé,
Emportant mon coeur désolé !
Vents, que vos plaintives rumeurs,
Que vos chants, rossignols charmeurs,
Aillent lui dire que je meurs !
Le premier soir qu’il vint ici
Mon âme fut à sa merci.
De fierté je n’eus plus souci.
Mes regards étaient pleins d’aveux.
Il me prit dans ses bras nerveux
Et me baisa près des cheveux.
J’en eus un grand frémissement ;
Et puis, je ne sais plus comment
Il est devenu mon amant.
Et, bien qu’il me fût inconnu,
Je l’ai pressé sur mon sein nu
Quand dans ma chambre il est venu.
Je lui disais : « Tu m’aimeras
Aussi longtemps que tu pourras ! »
Je ne dormais bien qu’en ses bras.
Mais lui, sentant son coeur éteint,
S’en est allé l’autre matin,
Sans moi, dans un pays lointain.
***
Puisque je n’ai plus mon ami,
Je mourrai dans l’étang, parmi
Les fleurs, sous le flot endormi.
Au bruit du feuillage et des eaux,
Je dirai ma peine aux oiseaux
Et j’écarterai les roseaux.
Sur le bord arrêtée, au vent
Je dirai son nom, en rêvant
Que là je l’attendis souvent.
Et comme en un linceul doré,
Dans mes cheveux défaits, au gré
Du flot je m’abandonnerai.
***
Les bonheurs passés verseront
Leur douce lueur sur mon front ;
Et les joncs verts m’enlaceront.
Et mon sein croira, frémissant
Sous l’enlacement caressant,
Subir l’étreinte de l’absent.
***
Que mon dernier souffle, emporté
Dans les parfums du vent d’été,
Soit un soupir de volupté !
Qu’il vole, papillon charmé
Par l’attrait des roses de mai,
Sur les lèvres du bien-aimé !
Charles Cros.
Le Coffret de santal

De quels rêves étaient faites les nuits de Mikio Naruse avant de filmer les mélancolies sublimes d’Hideko Takamine ?
De quels songes étaient faits les sourires d’Hideko Takamine ?
D’une neige de printemps…

Sur les lèvres de Mariko ou de Rachel, s’épanouir et mourir comme un flocon de neige…
Déflorer la fille du puisatier, lui laisser un souvenir en lui laissant toutes ses pétales…
Naître d’un sourire ou d’une larme de Josette Day ou d’Hideko Takamine…
Naître d’un regard de Daniela ou de Catherine…
Conter fleurette à Magdeleine…
Sur du Morricone, avec Iris, perdre haleine…
Se faufiler dans les nuisettes de Tatiana ou de Mina, finir dans chacun de leurs soupirs,
Chaque jour, se réincarner dans les cigarettes de Winona, ou dans le boa de Salma…
S’oublier dans Ashlynn ou Zhang Ziyi, dans Deepika ou Draghixa…
Plonger dans les cieux de Motoko ou de Gene…
Se perdre dans ceux de Mylène…
Caliner Angel ou Jewel…
Décrocher la lune pour Isabelle…
Faire chaiyya chaiyya avec Malaika…
Croiser le sabre ou un milkshake avec Uma…
Faire des acrobaties galactiques avec Kandi ou Faye Valentine…
Consoler la mélancolie d’Hideko ou de Catherine…
Cajoler Kajol, ou les seins de Virginie…
Sauver Winifred et toutes les Lucie…
Sauver Boomer…
Sauver mon Rayon de soleil, puis partager sa tente avec toutes ses soeurs et toutes ses cousines…

Je voudrais qu’on me mette dans une boîte, et qu’on me porte au cimetière.
La fille du puisatier ou l’émotion blonde du blé qui s’offre avant l’heure de la moisson.
Josette Day et Raimu.

The girl next door is gone.
Qu’elle était verte ta vallée, derrière la porte…
A quoi ressemblaient les rêves de la girl friend de tout le monde ?
Marilyn Chambers, l’insatiable de nos nuits adolescentes, la muse de nos chevauchées fantastiques, s’en est allée faire l’amour aux anges…